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Introduction

 

     Pourquoi analyser les lois électorales et leurs influences sur les partis politiques? Ces questions suscitent-elles un intérêt particulier qui les recomandent en tant que sujets privilégiés d’étude?

        Pour y répondre, il serait peut-être futile de rappeler que le grand enjeu de la démocratie moderne réside dans la recherche d’une réponse à la question: comment faire entendre les voix de tous les citoyens dans des collectivités de plus en plus vastes, qui dépassent en tout cas les limites de l’ancien polis grec. Il s’agit, en effet, de l’institution représentative comme solution devant l’impossibilité physique que tous les citoyens décident, que tous légifèrent et appliquent les lois. Il ne serait peut être pas dépourvu d’importance d’invoquer le fait que la démocratie, pour la plupart des hommes encarcerés dans des régimees totalitaires, est presque synonime avec les élections libres.

        Les élections démocratiques sont, bien entendu, gouvernées par des lois électorales qui constituent le cadre légal entre les marges duquel le scrutin se poursuit. Ainsi, la loi électorale établit la façon dans laquelle le pouvoir est confié par les électeurs à des représentants qui sont chargés de décider en leur nom. Ce transfert volontaire et libre du pouvoir joue en composante définitoire et fondamentale de la démocratie. Les partis politiques sont les principaux acteurs dans l’espace politique et les élections forment la condition nécessaire, quoique non pas suffisante, de l’affirmation et de la dynamique des organisations partisanes dans le système démocratique. De cette manière, les élections sont les formes de légitimation, par le recours à la légalité, du rapport d’autorité, du rapport de gouvernant à gouverné.

        La question des élections, de la délégation des représentants, du jeu démocratique en son ensemble, est d’autant plus significative qu’elle se pose dans un pays - comme la Roumanie - qui vient de sortir d’une époque qui était précisément la négation des principes démocratiques. Implanter ou réimplanter dans un terroir presque dépourvu de toute brin de démocratie, des principes qu’une nation entière doit apprendre ou réapprendre et mettre en musique, est une entreprise intéressante et mérite, on croit, toute l’attention. Dans un sens fondamental, on peut, bien-sûr, affirmer que tout régime démocratique est post-autoritaire, les plus anciennes démocraties européennes étant elles-aussi surgies sur les ruines de la monarchie absolue.

Il apparait comme évident que tout mode de scrutin exerce une influence sur les résultats des élections. Le choix qui en est fait est commandé par l’objectif politique poursuivi. Dans cette perspective, on soutient d’habitude, qu’il y a deux grands objectifs qui peuvent sembler irréconciliables. Favoriser l’un c’est nécessairement, au moins dans une première analyse, le favoriser aux dépens de l’autre. Le premier objectif serait d’illustrer, à travers les élections, le plus fidellement possible le choix des citoyens. En ce sens, le plus désirable mode de scrutin parrait le système proportionnel. Le second c’est d’assurer le plus de stabilité et d’efficacité au gouvernement, l’ancrer ainsi dans une majorité parlementaire, homogène et forte. Le plus approprié mode de scrutin afin d’atteindre ce but semble le système majoritaire. Mais, on peut se demander s’il n’a pas d’autres formules et si cette relation est nécessairement antagonique.

En ce qui concerne la methode que l’on se propose de suivre, nos préférences et les caractéristiques du thème choisi, nous poussent à embrasser la méthode inductivo-déductive. On comprend partir des faits, des réalités, mais on se propose ensuite d’arriver à ce qu’on peut déduire de ces faits, aux principes plus généraux qui semblent régir les questions abordées. On ne peut pas nier que, au moins après Machiavel, les actions politiques sont, d’habitude, préfacées par des projets, par des idées politiques. Si les actions - le praxis - en ce cas, sont les élections et tous leurs effets, il s’en suit que le projet politique - le logos - est la loi éléctorale qui délimite le cadre du développement de l’action. Comme tout projet envisage un avenir, des conséquences et des effets sur la vie politique, la loi électorale part de certaines prémices théoriques pour atteidre certains buts pratiques.

Dans le premier chapitre, on se propose d’identifier les différentes approches théoriques relatives à l’apparition et à l’évolution de la pratique élective et, aussi, présenter les éléments définitoires et le développement des partis politiques. On veut mettre en lumière, dans ce chapitre, la liaison intime entre, d’une part, le trajet parcouru par le vote universel et les élections et, de l’autre, l’affirmation et la définition des partis politiques modernes.

Le deuxième chapitre cherche à présenter le climat dans lequel les principes théoriques gouvernant les élections et les partis s’appliquent dans la pratique politique des divers pays. Dans cette direction, nous avons essayé d’exposer les différentes manières de faire élire des représentants et leurs effets sur les partis politiques. Dans le même sens, on s’était efforcé de saisir quelques façons de convertir les suffrages exprimés par les électeurs dans des sièges accordés, à travers les dispositions électorales, aux représentants.

Le troisième chapitre aborde le cas de la Roumanie après 1989, sous l’angle des effets de la loi électorale sur les partis politiques roumains. Ainsi, on veut montrer les conséquences produites par la loi électorale sur le nombre de partis, sur les relations entre les partis et entre les partis et les électeurs, sur la formation des coalitions et sur la pratique instituée dans les rapports entre la majorité et la minorité. Pas en dernier lieu, on s’efforce d’analyser et de définir le système de partis et le système politique roumain.

Les lois électorales et le système de partis sont des sujets qui se sont forgés une place centrale dans la science politique. Le système électoral est une forme de rationalisation de la vie et de l’acte politique. Mais, on croit que cette rationalisation ne vise pas seulement les partis politiques ou les institutions, mais aussi le comportement des hommes. De cette manière, il ne s’agit pas seulement d’une rationalisation instrumentale, mais aussi d’une rationalisation compréhensive. Par la compréhension du système électoral, les partis politiques, tout comme les électeurs, subissent un modèlement qui leur induit des comportements, des réactions et des attitudes spécifiques. Selon une thèse générale, on soutient que si les hommes considèrent certaines choses comme étant réelles, celles-ci deviennent réelles par leur conséquences. Ceux qui acceptent les lois électorales vont modéler leur comportement à travers la compréhension qu’ils ont sur cette loi électorale. Ceux qui rejettent un certain système électoral ne puvent échapper, eux aussi, d’être affectés par ce à quoi ils se rapportent. Dans les deux cas, la loi électorale exerce une influence directe ou indirecte sur les attitudes et les convictions politiques des hommes.

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Last update: March 2003
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