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          Le latin a été envisagé comme un superstrat culturel (Tagliavini, 1972, p. 325) ou comme un adstrat «constamment agissant parce que vivant» (Imbs, 1981, p. 26). Sous cette influence, les langues romanes occi­den­ta­les ont été soumises à un processus de re-latinisation, dans l’ensemble du­quel l’emprunt lexical joue un rôle important.

 A l'écart de l'évolution de la romanité occidentale, le roumain mène une exis­ten­ce dominée par d'autres facteurs culturels, notamment par une in­fluence by­zan­tino-sla­ve, suivie de celle du néogrec. Le roumain revient graduellement dans le circuit du mon­de occidental dominé par le latin et, soit directement, soit par l'intermédiaire des contacts avec les langues de culture de l'Europe Occidentale, le français et l'italien, il aboutit lui aussi à connaître ce processus de re-latinisation, ou plutôt de re-ro­ma­ni­sa­tion de sa structure en général et du vocabulaire en particulier: «Neologismul de origine latină sau neolatină a produs o re-romanizare a limbii noastre, îmbogăţind-o cu un număr de elemente romanice.» (Sextil Puşcariu, Limba română, vol. I. Privire generală, Fundaţia pentru literatură şi artă, 1940; Minerva, Bucureşti, 1976, p. 375).

«Acest vast proces cultural-lingvistic […] are cauze, manifestări şi implicaţii so­cia­le, istorice, aparţinînd întregii naţiuni române de dincolo şi de dincoace de Car­paţi. Declanşarea şi dezvoltarea sa imediată în toate provinciile româneşti ara­tă că acest fenomen corespundea necesităţilor unei comunităţi etnice-lingvis­ti­ce care îşi apăra interesele sociale şi care îşi confirmă conştiinţa autenticităţii sa­le naţionale. […] Integrarea limbii române în cultura Occidentului romanic re­s­taurează prestigiul limbii şi al culturii latine în raport cu care se defineşte isto­ricitatea şi specificul românesc […]» (Niculescu, 1978 (A), p. 23)

 Les traits qui lui sont conférés le rapprochent dorénavant de plus en plus de ses lan­gues sœurs de l'Occident (où le même processus s'était dé­rou­lé plus tôt et d'une façon directe); c’est pourquoi en roumain ce type d’em­prunts, dans la pénétration des­quels le français a joué un rôle im­por­tant, porte le nom d’em­prunts latino-romans; ce sont en général des mots à éty­mologie multiple, une étymologie qui réunit dans bien des cas non seu­lement le latin, le français et l’italien, mais aussi des lan­gues non-ro­ma­nes qui avaient connu elles aussi un afflux de latinismes et qui ont fa­vo­risé leur trans­fert en roumain. Le concept d’‘éty­mologie mul­ti­ple’ [1] a été mis en circulation par Al. Graur et évoque la possi­bi­li­té qu’un mot ait si­mul­tanément plusieurs étymons [2] . Les variantes sous lesquelles ont fi­gu­ré les emprunts dans les premiers textes, avec le même sémantisme, est un argument pour soutenir le concept d’é­ty­mo­lo­gie mul­ti­ple: ag(h)ent, co­re(o)grafie, personagiu / personaj, etc. Aussi le latin ap­pa­raît-il beau­coup plus rarement pour le roumain comme étymon unique (en­viron 10% du total des emprunts latino-romans figurant dans notre in­ven­taire); pour le reste il ne constitue qu’une partie de l’explication éty­mo­logique.

 



[1] Pour la bibliographie du concept voir Hristea, 1968, p. 104, note 1. L’étymologie multiple pourrait être attribuée aussi aux latinismes occidentaux, pour lesquelles on peut, à juste titre, se demander «si les analogies multiples entre les cultismes des différentes langues européennes indiquent des évolutions parallèles, c’est-à-dire une polygenèse, ou bien s’il y a - et dans quelle mesure - des interdépendances mutuelles entre ces langues […]» (Greive, 1976, p. 618), et il continue, p. 619: «En effet, il n’est pas toujours facile de suivre en détail la filiation européenne des mots savants.» Les auteurs des dictionnaires étymologiques signalent eux aussi cette difficulté (voir dans DEI des mots qui sont traités de ‘voce dotta di carattere internazionale’, comme attore, addizione, altitudine, categoria, cronologico, circulare, ministro, politica, prattico). Les dictionnaires des autres langues romanes font accidentellement appel à l’étymologie multiple (par exemple: ptg. recalcitrar, prob. lat., fr.; fr. chicorée // DHLF, BW: lat., it.; DEHF: it.; it. adetto, lat., fr.; erodere, etc.). Voir aussi 8.

[2] «Cultura romanică occidentală revărsată asupra ţărilor româneşti reprezintă unul dintre cele mai ori­gi­na­le fenomene ale istoriei culturii popoarelor neolatine: ultima, în ordinea cronologică, a curentelor cul­turale interromanice, ea ajunge în Transilvania, în Muntenia şi în Moldova multiplicîndu-se prin in­termediari non-latini şi filtre social-culturale diverse. În Transilvania, cultura italiană traversează zona austro-ungarică, în timp ce în Ţara Românească şi în Moldova, ea trece prin Grecia şi Rusia filo-occidentale ale secolului al XVIII-lea. Cultura franceză se filtrează, în Principate, prin Viena şi prin Veneţia. […] Occidentalizarea devine nu numai o problemă de cultură, ci şi una istorică, filologică, socială şi politică. Nu este de mirare, deci, că în ţările româneşti, se creează emfaza culturii occidentale latino-romanice (neologismul latino-romanic cu trăsătura distinctivă [+ Cult])…» (Niculescu, 1978 (B), p. 96−97)

 

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Comments to: Sanda REINHEIMER RIPEANU
Last update: June 2004. This book was first published on paper by the Editura Universitatii din Bucuresti, under ISBN 973-575-879-2
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