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L'APPROCHE BIBLIQUE

Si le livre des Écritures, fermé, peut devenir un centre de ralliement pour les chrétiens, et si, à peine ouvert, il suscite un concert d'interprétations divergentes, c'est peut-être parce que les chrétiens ont perdu l'habitude de le lire ensemble, dans une communion d'esprit à l'écoute de leur Maître unique. Il se place à ce point de carrefour douloureux où se manifeste la désunion des membres du corps du Christ.

Le rapprochement entre Églises ne passe pas seulement par les voies théologiques (problèmes de structure ecclésiale ou trinitaire, de ministères, de sacrements), mais aussi par une "lecture œcuménique" de la Bible. Cette lecture est écoute de la même Parole, lue par un autre, à qui elle s'adresse tout autant qu'à moi. Elle ne signifie pas l'abandon de ma propre tradition - on reçoit toujours la Bible "dans l'Église", là où elle a été constituée - mais un effort pour vivre ensemble le mystère de la prédication du Christ [...]

Lire la Bible, c'est faire une rencontre avec une personne vivante, le Christ, incarné dans ces écrits. Je fais le premier mouvement, consistant à ouvrir le livre, à ouvrir aussi mon intelligence et mon cœur, et le Christ est là qui m'attend, m'interpelle.

Un catéchiste fera prendre conscience à tout être humain que ces paroles divines lui sont personnellement destinées, et l'invitera, à l'instar de Marie la sœur de Marthe, à s'asseoir aux pieds du Seigneur et à l'écouter parler. On lit les Écritures en Christ et avec le Christ, il en est le meilleur interprète.

Lire les Écritures, c'est prendre conscience de mon immersion dans le plan divin de la création, c'est m'ouvrir, sentir l'agir divin à l'œuvre à l'intérieur de mon être, comme un levain dans la pâte. Une attitude d'Écoute de l'Esprit est requise à ce moment-là, comme chez Lydie, la marchande de pourpre (Ac 16, 14). L'Esprit rend disponible, sans contrainte, sans attenter à la liberté humaine.

Dans la lecture divino-humaine de la Parole, les énergies divines et les énergies humaines collaborent entre elles, et l'analyse par la raison est soutenue, illuminée, guidée par le flambeau de l'Esprit. L'Esprit et le Fils sont ainsi envoyés pour le salut du monde, pour communier à la vie des hommes, les immerger dans le dessein de Dieu depuis les origines jusqu'à l'avènement du Royaume, pour emplir de leur présence les grands mystères de la souffrance, de la détresse, de la mort, pour faire éclater la joie à l'annonce de la Bonne Nouvelle et porter toute créature en offrande à l'amour du Père.

En vertu de sa profonde imprégnation de textes bibliques, la liturgie se présente comme un commentaire vécu des Écritures, au même titre que la prédication, l'iconographie, l'hymnographie.

Les deux temps de l'office, la liturgie de la Parole, où la Parole est lue, et la liturgie eucharistique, où la Parole est mystérieusement rompue, culminent dans une même consommation eucharistique. Selon saint Jérôme, "nous consommons la chair et le sang dans la divine eucharistie, mais aussi dans la lecture des Écritures", en vue de la communion avec le Christ. Dans la liturgie s'exprime une communion de foi dans les dogmes fondamentaux de la Révélation scripturaire (rédemption, résurrection, Trinité...).

L'autorité de l'Écriture ne se fonde point sur un magistère extérieur qui dirait la loi, ni sur une conscience personnelle, peut-être géniale, mais isolée. L'autorité, ou mieux l'évidence dans la réception des mystères, découle naturellement de leur expression liturgique, librement acceptée et portée par la louange de toute la communauté. Elle forme la réponse des hommes adressée au Père, à l'action de grâces pour l'envoi du Fils et de l'Esprit dans le monde.

À la limite, un fidèle n'ouvre la Bible que dans l'Église, même quand il est seul; ou plutôt, il n'est jamais seul, car il lit toujours comme un membre du Corps du Christ, lequel ne cesse d'être présent à ses côtés, comme il l'était auprès des pèlerins d'Emmaüs. Après le départ du Maître, les disciples s'interrogent: "Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous, lorsqu'il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures ?" Telle devrait être notre attitude quand nous lisons ensemble la Bible, à l'écoute du Maître, le cœur brûlant.

(d'après Michel Evdokimov, L'approche biblique, Unité des chrétiens, 1995)

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