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LA SAINTE MONTAGNE DE L'ATHOS, HAUT LIEU DU MONACHISME BYZANTIN

Lorsque, en 961, le moine Athanase pose la première pierre de Lavra pour édifier un cænobium selon l'esprit de Théodore le Studite, le monachisme oriental compte, depuis les premières expériences d'Antoine en Égypte, six siècles d'existence. À ce moment, l'Athos, prolongement de la presqu'île de Chalcidique, est une colonie monastique qui peut rappeler celle de l'Olympe de Bithynie. Mais à l'exemple d'Athanase, les fondations se multiplient, de telle sorte que cette petite péninsule, longue d'environ quarante-cinq kilomètres, va bientôt attirer l'attention du monde orthodoxe et devenir par excellence la Sainte Montagne.

Son histoire se partage en deux périodes à peu près égales: un peu moins de cinq cents ans sous les empereurs de Byzance (963-1430, prise de Thessalonique par les Turcs); à peu près autant sous le régime ottoman (1430-1912). À quoi il faut ajouter les soixante-dix ans qui nous séparent de cette dernière date.

Pendant la période byzantine, quatre documents, issus du premier règlement d'Athanase (typikon), marque la vie de l'Athos; typika des empereurs Jean Tzimiskès en 971 ou 972, Constantin IX Monomaque en 1045-1046, un troisième en 1394 sous Manuel II Paléologue et le dernier, promulgué en 1406, sous le même empereur. Ces quatre textes, dont maintes clauses se répètent, avec plus ou moins de variantes, composent, au cours des siècles, la charte permanente de la confédération athonite.

Du vivant même d'Athanase, le siège du gouvernement général est situé à Karyès, bourgade centrale de la presqu'île. Un prôtos membre-président d'un collège d'higoumènes ou de délégués des monastères, sans l'assentiment desquels il ne peut agir validement, veille, au cours de réunions prévues d'avance, au bien général de la confédération, règle le statut des novices et des différentes catégories de moines, contrôle en principe l'administration du temporel et assure la police à l'intérieur de la presqu'île. "Toute femme, tout animal femelle, tout visage lisse" est impitoyablement refoulé. L'Athonite ne doit jamais oublier que la femme est toujours un démon. Cet interdit se rencontre à chaque instant, en termes toujours identiques parmi le monde des moines.

Dès son premier typikon, l'Athos acquiert la physionomie qui sera la sienne au cours de sa vie millénaire. A l'exemple de Lavra, et en dépit de son nom (laure), le monachisme s'est largement développé selon le type cénobitique, complété par la pratique de l'ascèse individuelle ou par petits groupes.

(Jean Décarreaux, Byzance ou l'autre Rome, Éditions du Cerf, Paris, 1982, p. 128-129)