Commentaire

Le mot icône est d'origine grecque (eikwn) et signifie image, portrait.

Dans toute célébration orthodoxe parole et image forment un tout indissociable dans lequel se dégage la signification de l'Écriture et toute la dimension théologique de l'économie divine. Moyen de connaître Dieu et de s'unir à Lui, en Le découvrant par Son Sacrifice, l'icône proclame la même vérité que l'Évangile, elle joue le même rôle que les écrits des Pères, mais à sa propre manière. "Ce que la parole communique par l'ouïe, dit saint Basile le Grand, la peinture le montre silencieusement." L'icône devient partie intégrante de la célébration liturgique.

Les livres de l'Ancien Testament interdisent toute figuration de Dieu assimilant cela à l'idolâtrie (Ex 20, 4; Dt 16, 5, 8-9). Cependant tout l'Ancien Testament est une imploration du dévoilement de la Face de Dieu, une méditation de son Nom et une attente du jour de la Gloire de Dieu. Au refus d'emprisonner le Vivant dans l'immanence et d'identifier Dieu avec les phantasmes de l'imaginaire humain, deux thèmes annoncent positivement le mystère de l'icône: celui de la Face - "montre-moi Ta Face" - et celui du Nom - "Dis-moi ton Nom". C'est la certitude que l'homme trouvera son propre visage créé "à l'image et à la ressemblance de Dieu" (Gn 1, 27). L'homme se tient debout "devant la Face" du Dieu Vivant et pressent dans la Gloire la face mystérieuse dont il est lui-même le reflet. C'est ce mystère de Parole et de Vision que les Pères grecs ont lu comme "une préparation évangélique" à la révélation de l'Incarnation qui est l'Icône parfaite du Dieu Vivant.


L'icône des icônes est le Visage du Christ. "Il est l'image - eikwn - du Dieu invisible" (Col 1, 15); l'icône "de la sainte Trinité" et "le visible de l'invisible" (Saint Jean Damascène, Denys l'Aréopagite).

L'Église orthodoxe chante lors de la Liturgie du Dimanche de l'Orthodoxie (le rétablissement du culte des icônes en 843, à la suite du Concile de Nicée en 787):

Le Verbe non descriptible du Père s'est fait descriptible

En s'incarnant de toi, Mère de Dieu.

Ayant établi dans sa dignité originelle l'image souillée,

Il l'unit à la beauté divine.

Le fondement de l'icône est christologique: "Celui qui m'a vu a vu le Père" (Jn 14, 9). "Puisque l'Invisible, s'étant rendu visible, tu peux figurer la ressemblance de Celui qui s'est manifesté" dit Saint Jean Damascène. Et Saint Théodore le Studite de confirmer: "En tant qu'il naît du Père indescriptible, le Christ ne peut avoir d'image… Mais en tant qu'il est né d'une Mère descriptible, il a naturellement une image qui correspond à celle de sa mère. S'il ne pouvait être représenté dans l'art, cela voudrait dire qu'il est né seulement du Père et ne s'est pas incarné. Mais ce serait contraire à toute la divine économie de notre salut".

Chaque fois que nous regardons une icône, notre regard de vénération passe par la médiation d'une présence personnelle du visible vers l'invisible. Par cette personne nous accomplissons un passage, un véritable acte pascal. L'icône nous conduit du visible de l'Humanité du Christ à l'invisible de Sa divinité, du visible du saint glorifié à l'invisible de l'Esprit, Pentecôte glorieuse qui porte de ses énergies la création.