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LE SAINT VOILE

L'icône du Christ ne nous est pas parvenue par l'imagination d'un peintre ou par le modèle humain d'une peinture, comme il était arrivé aux peintres de l'Occident, quand, après le Schisme (1054), ils ont abandonné la Sainte Tradition de l'Église.

Nous, les orthodoxes, nous connaissons le vrai visage du Seigneur comme il était, quand Il vivait sur la terre, par le "Saint Voile" que Lui-même avait envoyé au roi Abgare d'Édesse de Syrie.

Le roi Abgare souffrait d'une maladie incurable. Ayant entendu parler des miracles de Jésus en Judée, Abgare Lui envoya une lettre pour L'inviter chez lui comme guérisseur; il Lui proposa même de rester chez lui pour toujours, car à ce qu'il avait entendu, il y avait des gens en Judée qui voulaient Lui faire du mal. Abgare envoya la lettre d'invitation par son secrétaire Ananias. Le Seigneur refusa d'aller à Édesse, car Il devait accomplir Son œuvre rédemptrice. Mais il donna à Ananias une lettre pour Abgare. Ananias, en voyant le refus de Jésus, voulut peindre le visage du Seigneur pour le faire connaître à son maître. Mais l'expression du visage du Christ changeait tout le temps et Ananias trouvait des difficultés à faire le portrait.

Le Seigneur qui connaissait le cœur des hommes, ayant mis de l'eau sur Son visage y a étalé un voile et par miracle les lignes de Son visage se sont empreintes sur le tissu. Cette icône du Seigneur (non-faite de main d'homme), appelée plus tard "Le Saint Voile", fut envoyée à Abgare avec une lettre. Le texte de ces deux lettres nous est parvenu grâce à l' Histoire Ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée (260-339).

Voici le texte de ces deux lettres:

"Abgar, fils d'Ouchmas, toparque, à Jésus bon Sauveur manifesté au pays de Jérusalem, Salut.

J'ai entendu parler de toi et des guérisons que tu accomplirais sans remèdes, ni plantes. À ce que l'on dit, tu fais voir les aveugles et marcher les boiteux; tu purifies les lépreux; tu chasses les esprits impurs et les démons, tu guéris ceux qui sont frappés de longues maladies, tu ressuscites les morts. Ayant entendu tout cela à ton sujet, je me suis mis dans l'esprit que de deux choses l'une: ou bien tu es Dieu, et, descendu du ciel, tu fais ces merveilles; ou tu es le fils de Dieu faisant ces merveilles. C'est pourquoi donc, je t'écris maintenant et je te demande de prendre la peine de venir chez moi et de guérir l'infirmité que j'ai. Car j'ai encore appris que les Juifs murmurent contre toi et te veulent du mal. Ma ville est très petite, mais honorable et elle nous suffira à tous les deux".

La réponse de Jésus par le courrier Ananias au toparque Abgar:

"Heureux es-tu d'avoir cru en moi sans m'avoir vu. Car il est écrit de moi que ceux qui m'ont vu ne croiront pas en moi, afin que ceux qui ne m'ont pas vu croient et vivent. Quant à ce que tu m'écris de venir chez toi, il faut que j'accomplisse ici tout ce pour quoi j'ai été envoyé et qu'après l'avoir ainsi accompli, je retourne chez celui qui m'a envoyé. Et lorsque j'aurais été enlevé (après l'Ascension), je t'enverrai un de mes disciples pour te guérir de ton infirmité et te donner la vie, à toi et à ceux qui sont avec toi".

Cette histoire est rencontrée aussi dans d'autres textes historiques et patristiques: chez les historiens Procope et Kédrinos, chez Évagre le Scolastique. Ce dernier dit que lui-même a vu cette icône à Édesse. De cette icône parlent aussi Saint Jean Damascène et Léon, lecteur de l'Église de Constantinople, qui avait pris part au VIIe Concile Œcuménique. Saint Éphrem le Syrien l'a vue à Édesse. Le pape Grégoire de Rome dans une lettre adressée à l'empereur Léon III écrit: "Envoie quelqu'un voir cette icône qui est "achéiropoiètos" et tu comprendras toi-même qu'à Édesse d'innombrables fidèles se rassemblent pour prier".

En 944, le 15 août, le Saint Voile arrive à Constantinople. L'empereur de Byzance, Romanos I-er Lécapène, l'a acheté pour 12000 pièces d'argent, 200 prisonniers de guerre musulmans et la promesse de ne plus attaquer Édesse. En 1362, l'empereur Jean V Paléologue, pour exprimer sa gratitude envers le général génouate Léonardo Montaldo lui offre, parmi d'autres cadeaux et saintes reliques, le Saint Voile. À partir de 1656, le Saint Voile se trouve dans le Monastère catholique des Pères Barnabites, près de la porte de Saint Barthélemy, à Gênes.