Page précédente

    Page suivante

    Lecture

    Commentaire

     Remarques

     Vocabulaire

     Expression orale

     Expression écrite

     Exercices

LA PRIÈRE DE SAINT ÉPHRÈME LE SYRIEN

De toutes les hymnes et les prières dites pendant le grand Carême, une seule prière, extrêmement brève, peut être considérée la prière par excellence de cette période de l'année liturgique. La tradition l'attribue à un grand maître de la vie spirituelle - saint Éphrème le Syrien.

Cette prière est dite chaque jour par les fidèles pendant le Carême et elle est lue deux fois à la fin de chaque office du lundi au vendredi, les offices du samedi et du dimanche ayant un autre formulaire pendant le grand Carême.

On dit cette prière une première fois en faisant une métanie après chaque demande. Puis on fait douze inclinations en disant intérieurement: "Ô Dieu, purifie-moi, pécheur". Toute la prière est répétée avec une dernière métanie à la fin.

Pourquoi cette prière si simple et si brève occupe-t-elle une place si importante dans l'office célébré pendant le grand Carême? Parce qu'elle récapitule d'une manière unique tous les éléments positifs et négatifs du repentir et constitue une sorte de "vérification" de nos peines et nos efforts donnés pour notre délivrance des maladies spirituelles fondamentales qui modèlent notre vie et rendent impossible notre retour à Dieu.

Examinons d'abord les quatre points négatifs.

Notre maladie fondamentale est l'esprit de la paresse. Il s'agit de cette paresse et passivité de tout notre être qui nous poussent vers "le bas" et non pas vers "le haut", qui nous persuadent qu'aucun changement n'est possible et que tout effort est donc inutile. Cette paresse est la racine de tout péché, car elle empoisonne l'énergie spirituelle à sa source et transforme notre vie dans un terrible gaspillage spirituel.

Le fruit de la paresse, c'est le découragement, l'abattement. Les Saints Pères de l'Église considèrent ce dégoût un grand danger pour l'âme. C'est l'impossibilité de voir quelque chose de positif; c'est la force démoniaque trompeuse qui remplit la vie de ténèbres, c'est le suicide de l'âme, car l'être humain devient incapable de voir la vraie lumière et de la désirer.

L'esprit de domination! C'est précisément la paresse et le découragement qui nous donnent le désir de dominer, qui souillent notre attitude vis-à-vis de la vie, en lui ôtant le sens et la plénitude et en nous faisant chercher une sorte de compensation dans une conduite fausse envers les autres. Si notre vie n'est pas dirigée vers Dieu, si elle n'aspire pas aux valeurs éternelles, si Dieu n'est pas le Seigneur et le Maître de notre vie, alors nous-mêmes nous devenons le centre absolu de notre vie. La domination est une dégénération fondamentale des relations inter-humaines. Cette attitude peut prendre la forme de l'indifférence, du mépris, du manque d'intérêt, de considération et de respect. Après le suicide spirituel, c'est le meurtre spirituel.

Enfin, les vaines paroles. De tous les êtres créés par Dieu, seulement l'être humain possède le don de la parole, le sceau de l'image divine, car Dieu lui-même se découvre comme Parole (Jn 1, 1). La parole peut sauver, elle peut aussi tuer, empoisonner. La parole est la manière d'exprimer la Vérité, mais aussi le mensonge démoniaque. Déviée de son origine divine, la parole devient alors vaine: "Or, je vous le dis, de toute parole sans fondement que les hommes auront proférée, ils rendront compte au jour du Jugement" (Mt 12, 36).

Ces quatre points négatifs du repentir constituent un obstacle que seul Dieu peut écarter. Voilà la signification de cette première partie de la prière de saint Éphrème le Syrien, cette lamentation qui fait irruption du fond de l'âme.

Passons maintenant aux quatre points positifs du repentir.

L'intégrité! La traduction correcte du terme grec sophroni signifie la plénitude de la sagesse. C'est la sobriété qui unifie l'homme, c'est le contraire de la paresse qui disperse et rend incapable de voir le tout. L'intégrité nous restitue la vraie échelle des valeurs, étant notre guide vers Dieu.

Le premier et le merveilleux fruit de l'intégrité est l'humilité, la victoire de la vérité sur tous les mensonges qui, d'habitude, caractérisent notre vie. Seule l'humilité est capable de vérité, de voir et d'accepter les choses comme elles sont et donc de voir Dieu et son amour en tout. C'est pourquoi il est dit que Dieu fait grâce à l'humble et résiste au superbe.

Le fruit naturel de l'intégrité et de l'humilité est la patience. L'homme déchu est impatient parce que aveugle sur lui-même, il est prompt à juger et à condamner les autres. La patience est une vertu divine. Elle n'est pas une résignation, mais un combat persévérant. Dieu est patient et plus nous nous rapprochons de Dieu, plus nous devenons patients.

Enfin, couronne et fruit de toutes les vertus, de toutes les peines spirituelles: l'amour, amour qui ne peut être donné que par Dieu. C'est le don qui est le but de tout effort spirituel, de toute préparation, de toute ascèse. C'est le final de la prière qui résume tout cela. Mais il y a un autre grand danger: l'orgueil, source de tout mal. Lorsque l'intégrité, l'humilité, la patience et l'amour ne font plus qu'un en nous, alors ce dernier ennemi est détruit.

(d'après Alexandre Schmemann, Postul cel Mare, Bucureşti, 1995)

    Page précédente    Sus     Page suivante


© Universitatea din Bucuresti 2003. All rights reserved.
No part of this text may be reproduced in any form without written permission of the University of Bucharest, except for short quotations with the indication of the website address and the web page.
This books was first published on paper by the Editura Universitatii din Bucuresti, under ISBN 973-575-635-8.
Comments to:    Lucretia VASILESCU :: Last update: October, 2003 :: Web design&Text editor:    Monica CIUCIU