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LES SENTENCES DES PÈRES DU DÉSERT

Les frères interrogèrent l'abbé Agathon et lui dirent:

- Père, dans la vie religieuse, quelle est la vertu qui demande le plus de travail?

- Pardonnez-moi, répondit-il, mais, à mon avis, rien ne demande autant de travail que de prier Dieu; si l'homme désire prier son Dieu, les démons, ses ennemis, se hâteront toujours d'interrompre son oraison, car ils savent bien que rien ne leur fait obstacle hormis la prière qui monte vers Dieu.

En effet, quelque travail que l'homme entreprenne dans la vie religieuse, même si cela lui demande beaucoup d'ardeur et de constance, il finira par obtenir quelque repos; la prière, elle, exigera jusqu'au dernier souffle un combat pénible.

L'abbé Lot se rendit chez l'abbé Joseph et lui dit:

- Père, je me suis fait une petite règle, proportionnée à mes forces: Un petit jeûne, une petite oraison, une petite méditation et un petit repos; et je m'applique comme je le puis à me débarrasser de mes pensées; que me faut-il encore faire?

Le vieillard se leva et tendit les mains vers le ciel; ses doigts devinrent alors comme autant de flammes. Il dit à l'abbé Lot:

- Si tu le veux, tu peux devenir tout entier comme du feu.

Les frères racontèrent ceci:

Nous sommes allés un jour chez quelques anciens. Après avoir prié, comme c'était la coutume, et nous être salués, nous nous sommes assis pour converser ensemble. Au moment du départ, l'entretien terminé, nous avons demandé de faire encore une prière. L'un des anciens nous dit alors:

- Comment, vous n'avez pas prié?

- Si, Père, mais seulement lorsque nous sommes entrés. Depuis ce temps-là nous n'avons fait que parler.

Et lui de nous dire:

- Pardonnez-moi, mes frères, mais il y a, assis parmi vous, un frère qui a fait cent trois prières, tandis qu'il parlait.

L'ancien nous dit cela, puis l'on nous congédia après la prière.

L'abbé Macaire, interrogé sur la manière de prier, répondit:

- Il n'est pas nécessaire de beaucoup parler dans la prière, mais étendons souvent les mains et disons: "Seigneur, aie pitié de moi, comme Tu veux et comme Tu sais". Quand ton âme est en difficulté, dis: "Secours-moi". Et Dieu nous fait miséricorde, car Il sait ce qui nous convient.
(Les Sentences des Pères du Désert, Sarthre, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, 1966, pp. 183-187)