Lecture

QU'EST-CE QU'UN CANON?

Au VIe siècle et dans la première parie du VIIe siècle commence la grande création liturgique byzantine qui, du point de vue littéraire, constitue l'œuvre maîtresse du christianisme de langue grecque (mais il ne faut pas oublier que le grec était alors parler dans tout le bassin oriental de la Méditerranée). Romanos le Mélode et ses émules composent les Kontakia pour les principales fêtes. Le Kontakion est une narration poétique très ample, parfois un véritable drame, avec des dialogues. Le Kontakion au sens étroit désigne la courte strophe qui sert de prélude. Suivent les strophes appelées oikoï ou ikoï.

À la fin du VIIe siècle et surtout au VIIIe , un nouvel élan créateur s'affirme; il vient des terres bibliques, surtout la Palestine. C'est l'œuvre de sémites hellénisés, plus d'ailleurs dans le langage que dans la mentalité. Celle-ci se rattache plutôt à la tradition syriaque et au judéo-christianisme. Les kontakia sont remplacés par de nouvelles compositions, les canons. Subsistent seulement, témoins erratiques[1], entre la 6-e et la 7-e ode de chaque canon, le Kontakion initial et un ikos des vastes compositions précédentes.

Le canon est une longue hymne liturgique composée de neuf odes dont les strophes s'intercalent entre les versets des neuf odes bibliques traditionnellement utilisées dans la liturgie orientale. Voici la liste de celles-ci:

- Le Cantique de Moïse (Ex 15, 1-19);

- Le Nouveau Cantique de Moïse (Dt 32, 1-43);

- La prière d'Anne, mère de Samuel (1 Rois 2, 2-10);

- La prière du prophète Habaquq (Ha 3, 2-19);

- La prière d'Isaïe (Is 26, 9-20);

- La prière de Jonas (Jon 2, 3-10);

- La prière des trois jeunes gens dans la fournaise (Dn 3, 26-56);

- Le cantique des trois gens dans la fournaise (Dn 3, 26-56);

- Le cantique de la Mère de Dieu (Luc 1, 46-55)) et la prière de Zacharie, père de saint Jean Baptiste (Luc 1, 68-79).

Chaque ode commence par un hirmos, sorte de moule métrique correspondant à un certain "ton" liturgique. Elle se compose de strophes ou tropaires et s'achève par un doxastikon, louange trinitaire, et un théotokion, louange à la Mère de Dieu.

(d'après Olivier Clément, Le chant des larmes, Desclée de Brouwer, Paris, 1982)


[1] Erratique, de errer, qui n'est pas fixe.