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PÈLERINAGE À CONSTANTINOPLE

L'Église de Blachernes, à Constantinople, située au Nord-Est de la ville, était celle que le bienheureux André préférait. Elle avait été construite au milieu du Ve siècle par l'Impératice Pulchérie, sœur de Théodose le Jeune. Revenu de Jérusalem, l'Empereur Léon le Grand y plaça, en 469, la robe sans couture de la Vierge Marie. Tous les samedis, une veillée nocturne y était célébrée. Accompagné par son ami, le jeune noble Épiphane auquel il avait prédit qu'il serait patriarche de Constantinople, André s'y trouvait lorsque, vers trois heures du matin, la Sainte Vierge Marie, soutenue à droite et à gauche par saint Jean le Précurseur, son parent, et saint Jean l'Évangéliste, son fils adoptif, traversa la nef suivie d'une multitude chantante de saints. André se tourna vers Épiphane:

- Vois-tu Notre-Dame, Reine de l'Univers? demanda-t-il.

- Oui, mon Père, je la vois.

La Théotokos s'agenouilla devant la porte du sanctuaire et pria longtemps en "arrosant son divin visage de larmes". S'avançant ensuite vers l'autel, elle pria encore pour le peuple. Finalement, se tournant vers les fidèles, elle enleva le voile (omophorion) qui couvrait sa tête et l'étendit au-dessus de l'assemblée. Il brillait comme l'éclair et ne disparut que plusieurs heures plus tard après que la Toute Sainte se fut retirée.

Constantinople, d'après une légende courante en Russie était alors assiégée par les infidèles, peut-être des Slaves. La situation était sérieuse. Mais réconfortés par l'apparition dont la nouvelle se répandit à travers la ville, les Grecs reprirent courage et repoussèrent l'assaillant. Une fête fut instituée pour commémorer l'événement.

La Vierge aujourd'hui se tient à l'église

Et, invisible, prie pour nous avec les saints.

Les anges et les évêques se prosternent,

Les apôtres et les prophètent jubilent.

C'est pour nous que la Toute Sainte prie l'Éternel,

chante l'Église. Presque oubliée en Grèce, cette fête est dévotement célébrée le 1-er octobre par les Russes. Elle compte même parmi les plus populaires. On l'appelle la fête de la Protection de la Vierge, ou simplement "la Fête du Voile", omophorion en grec, en russe pokrov.

(d'après Irina Goraïnoff, Les fols en Christ, Desclée de Brouwer, 1983, pp. 39-40)