Lecture
Le cur a ses raisons que la raison ne connaît point; on le sait en mille choses
C'est le cur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c'est que la foi: Dieu sensible au cur[...]
Nous connaissons la vérité, non seulement par la raison, mais encore par le cur; c'est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes, et c'est en vain que le raisonnement, qui n'y a point de part, essaie de les combattre. Les pyrrhoniens, qui n'ont que cela pour objet, y travaillent inutilement. Nous savons que nous ne rêvons point; quelque impuissance où nous soyons de le prouver par raison, cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non pas l'incertitude de nos connaissances, comme ils le prétendent. Car la connaissance des premiers principes, comme qu'il y a espace, temps, mouvement, nombres, est aussi ferme qu'aucune de celle que nos raisonnements nous donnent. Et c'est sur ces connaissances du cur et de l'instinct qu'il faut que la raison s'appuie, et qu'elle y fonde tout son discours. (Le cur sent qu'il y a trois dimensions dans l'espace et que les nombres sont infinis; et la raison démontre ensuite qu'il n'y a point deux nombres carrés dont l'un soit le double de l'autre. Les principes se sentent, les propositions se concluent; et le tout avec certitude, quoique par différentes voies). Et il est aussi inutile et aussi ridicule que la raison demande au cur des preuves de ses premiers principes, pour vouloir y consentir, qu'il serait ridicule que le cur demandât à la raison un sentiment de toutes les propositions qu'elle démontre, pour pouvoir les recevoir.
(Blaise Pascal, Pensées)
Un frère demanda à un ancien:
- Qu'est-ce que l'humilité?
L'ancien lui répondit:
- C'est si tu fais du bien à ceux qui te font du mal.
- Et si on ne peut atteindre à cette hauteur, que faire? - lui dit le frère.
- Fuis, en choisissant le silence, répondit l'ancien.
Un ancien a dit:
- Si quelqu'un te demande quelque chose et que tu la donnes à contre-cur, il y a de la volonté propre dans ce don. N'est-il pas écrit: "Si quelqu'un te réquisitionne pour un mille, fais-en deux avec lui? Ce qui veut dire: si quelqu'un te demande une chose, donne-la du fond du cur et de toute ton âme".
(Les Sentences des Pères du désert, Sarthe, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, 1966)