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LE XXIe SIÈCLE SERA RELIGIEUX …

À l'occasion du transfert de ses cendres de Verrières-le-Buisson (Essonne) à la crypte du Panthéon, le 23 novembre, vingt ans après sa mort et quatre-vingt quinze ans après sa naissance, on répète à satiété la formule si souvent citée et attribuée à André Malraux: "Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas".

Sentence apocryphe? En réalité, Malraux n'a jamais énoncé une telle vision prophétique. Encore moins la fin de la phrase qui ne manquerait pas de surprendre sous la plume d'un écrivain de race ("ou ne sera pas").

Malraux rectifia lui-même lors d'une interview à Pierre Desgraupes (Le Point, 10 novembre 1975): "Vous savez. On m'a fait dire: "Le XXIe siècle sera religieux". Je n'ai jamais dit cela, bien entendu, car je n'en sais rien. Ce que je dis est plus incertain. Je n'exclus pas la possibilité d'un événement spirituel à l'échelle planétaire".

Déjà, en 1973, dans une "Radioscopie" avec Jacques Chancel, Malraux affirmait, ambigu: "N'est pas athée qui veut!"

Le P. Pierre Bockel, qui connut le "colonel Berger" à la brigade Alsace-Lorraine, demandait en 1973 qu'on respecte les positions religieuses d'un homme dont les croyances spirituelles ne sont jamais allées jusqu'à l'affirmation de Dieu. Le curé de Strasbourg lui fit dire néanmoins dans L'Enfant du rire (1973): "Le XXIe siècle sera métaphysique ou ne sera pas". Huit ans après, André Frossard assurait avoir entendu sur les lèvres de Malraux: "Le XXIe siècle sera mystique".

Pourtant, selon Roger Stéphane, "c'est par rapport au christianisme que Malraux se définit le mieux".

Et dans Les Chênes qu'on abat, Malraux cite une phrase qu'il prête à De Gaulle: "Je n'ai pas peur de Dieu". Mais qui est l'un, qui est l'autre, dans ce récit post-mortem romancé. Le chêne? Ou le roseau?

Agnostique, Malraux n'avait pas la foi chrétienne. Il imaginait que le héros remplace le prêtre et le saint, dans la mémoire de l'humanité. Seuls comptent ceux qui font l'Histoire.

Le 23 novembre 1976, sa dépouille n'eut pas d'obsèques religieuses à l'église. Mais une étrange cérémonie se déroula dans la cour carrée du Louvre, devant la haute statue colorée d'un chat.

Déjà, en mai 1955, écrivant sur Malraux et le monde chrétien, Pierre-Henri Simon se perdait en conjonctures sur une personnalité difficile à cerner et à classer dans sa galerie imaginaire, avec sa part d'imposture du romancier.

Comment remplacer Dieu? C'est ce qu'exprime Tchen, le personnage de La Condition humaine: "Que faire d'une âme s'il n'y a ni Dieu, ni Christ?" Telle est la contradiction profonde de sa vie et de son œuvre hantées par l'idée de la mort. Malraux va célébrer Notre-Dame de Chartres par un discours retentissant, mais il n'ira pas y prier. Étrange destin d'un grand chantre de la fraternité!

(Georges Verpraet, Le XXIe siècle sera religieux…, La Croix, le 6 sept. 1996)

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