Lecture

SUR LA TIÉDEUR DE L'ÂME

"On peut remarquer dans presque toutes les congrégations religieuses des hommes comblés de consolations, dont le cœur déborde de joie [...], pleins de ferveur, adonnés, jour et nuit, à la méditation de la loi de Dieu, les yeux constamment élevés au ciel [...] et dévoués partisans de toute bonne œuvre. Pour eux la règle est aimable, le jeûne semble doux, les veilles, courtes, le travail des mains, plein de charmes [...] Mais on en voit d'autres qui sont mous et lâches, qui plient sous le faix [...], ils obéissent sans dévotion [...], ils prient avec un cœur distrait, et lisent sans édification [...] Si nous nous trouvons dans un pareil état, levons-nous [...], débarrassons-nous d'une si funeste tiédeur, sinon parce qu'elle est pleine de danger pour nous, du moins parce qu'elle n'excite ordinairement en Dieu que vomissement [...] D'ailleurs elle est on ne peut plus pénible pour l'âme, elle est pleine de misère et de douleur, bien voisine de l'enfer, et peut, avec raison, être regardée comme l'ombre même de la mort" (Saint Bernard, Œuvres complètes, Vivès, 1867, t. III, p. 267)

Il arrive à certains de se fatiguer à la force d'exercices spirituels et de s'abandonner à la tiédeur; pris d'une sorte de défaillance de l'esprit, ils marchent tristement dans les voies du Seigneur, n'observent les règles prescrites que d'un cœur sec et plein d'ennui [...] Lorsque quelqu'un se trouve dans cet état de passivité, si le Seigneur le prend en pitié et s'approche de lui sur la route où il se traîne, si celui qui vient du ciel lui parle du ciel [...], s'il l'entretient de la cité de Dieu [...], de l'état d'éternité, ces paroles de joie [...] donneront à l'âme alanguie une si vive impulsion qu'elles dissiperont tout ennui et toute la lassitude de son corps." (Saint Bernard, Œuvres mystiques, Seuil, 1953, p. 385-387)