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L'ÉGLISE BYZANTINE

Les églises byzantines sont généralement orientées. Elles se divisent en trois parties: le sanctuaire, du côté de l'Orient, le narthex à l'Occident, la nef entre les deux[1].

Pénétrons dans l'église par le narthex qui est souvent précédé lui-même d'un porche extérieur, l'exonarthex. C'est une salle plus ou moins grande, dont tous les murs sont garnis de stalles. Le narthex était autrefois le lieu où se retiraient les pénitents et les catéchumènes après avoir été congédiés par le diacre. Et comme les moines sont essentiellement des pénitents, ils y célèbrent les parties les moins solennelles de l'office divin: l'office de minuit, les heures, l'office des complies. On se rend également au narthex en procession aux vêpres des jours de fête. On y dit les prières pour toute la chrétienté qui constituent la litie. Le narthex est séparé de la nef par les portes royales ou précieuses, situées dans l'axe de l'édifice. Souvent, dans les grandes églises, elles sont flanquées à droite et à gauche de deux ou quatre autres portes de moindre importance.

La nef ou église proprement dite est un carré ou un rectangle plus ou moins allongé. Souvent elle est couverte d'une ou de cinq coupoles. Elle est partagée en deux parties de surface inégale.

La première est réservée à l'assistance. Des stalles en garnissent les murs sur tout son pourtour. À une place d'honneur, généralement adossée à un des piliers de droite supportant la coupole centrale, se dresse la stalle épiscopale, à laquelle répond adossée au pilier de gauche, la stalle du supérieur du monastère.

Immédiatement devant les portes de l'iconostase se trouve une sorte d'estrade surélevée de quelques degrés, appelée soleas. C'est là que se tiennent les clercs inférieurs. À droite et à gauche du soleas, vers les bas côtés de l'édifice, s'il en a, sont les chœurs, séparés du reste de la nef par des cancels; c'est la place des chantres. Le centre du soleas, souvent un peu élargi en forme de demi-cercle, s'appelle ambon[2] : le diacre y lit le saint Évangile et les lecteurs y font les autres lectures.

Contre les cancels des chœurs il y a souvent les proskynétaires supportant des icônes, pour que les fidèles n'aient pas à gravir le soleas afin de les vénérer.

Enfin la nef est séparée du sanctuaire par une cloison en bois ou en matière plus solide (marbre ou maçonnerie), appelée iconostase. C'est l'ancien cancel séparant le sanctuaire de la nef qui s'est chargé d'icônes au temps de la victoire de l'orthodoxie sur l'iconoclasme. Elle est percée de trois portes[3]: une au milieu; une à droite, la porte du sud; une à gauche, la porte du nord. L'ouverture du milieu est fermée par une porte à deux battants, d'où le nom de "portes saintes"[4] et de plus par un rideau. Elles ne s'ouvrent qu'aux moments où le clergé doit y passer dans des cortèges solennels qui marquent la célébration de l'office. Seuls les ministres supérieurs: diacres, prêtres et évêques peuvent les franchir et encore doivent-ils être revêtus, sauf l'évêque cependant, de tous leurs vêtements liturgiques. Les portes du nord et du sud sont fermées par des portes pleines ou des rideaux et laissent passage aux ministres inférieurs et aux ministres supérieurs qui ne sont pas en vêtements sacrés[5].

Le sanctuaire est, autant que se faire, de plein-pied avec le soleas. Il renferme l'autel, la prothèse, le diaconicon, le trône épiscopal et les sièges pour le clergé.

L'autel ou la table sainte[6] se trouve au milieu du sanctuaire, devant les portes saintes. De forme carrée, il est recouvert d'une sorte de housse qui y est fixée par l'évêque le jour de la consécration et que l'on appelle catasarkion[7]. Au moment d'offirir le saint sacrifice, on déplie sur l'autel un ileton, le correspondant du corporal des rites occidentaux, et sur l'ileton on ouvre l'antimension, un linge de toile sur lequel est dessinée la scène de l'ensevelissement du Sauveur. Sur son revers est fixé un tout petit sachet dans lequel se trouvent des fragments de reliques. L'antimension est enveloppé dans l'ileton; souvent même les deux linges sont cousus l'un sur l'autre[8]. L'autel est l'objet le plus sacré de l'église. On ne peut y placer que le tabernacle, le livre des saints Évangiles et les cierges requis comme luminaire pour les offices liturgiques. Autant que possible, l'autel est recouvert d'un baldaquin ou ciborium en témoignage de respect.

Derrière l'autel se trouve une sorte de chandelier à sept branches portant sept petites lampes à l'huile et une grande croix avec l'image du Crucifié en peinture, non en relief[9].

Dans le fond de l'abside est dressé le trône élevé, réservé à l'évêque, avec, à droite et à gauche, les sièges pour le presbyterium[10].

Sur la gauche de l'autel, souvent dans une absidiole séparée, se trouve la prothèse, sorte d'autel latéral sur lequel se fait la préparation des éléments du sacrifice.

Sur la prothèse sont déposés les vases sacrés: le calice, le disque, correspondant à la pantène latine, l'astérisque, la sainte lance, la cuiller, les rhipidia, les voiles, l'éponge, l'encensoir et le zéon.

De l'autre côté de l'autel, dans l'absidiole sud, se trouve le diaconicon, la sacristie où sont des armoires contenant les ornements sacrés et tout ce qui est nécessaire au culte.

(d'après R. P. E. Mercenier, Chan. François Paris, La Prière des Églises de rite byzantin, Chevetogne, Belgique, t. I, pp. XVIII-XXV)


[1] Plan d'une église byzantine

[2] Autrefois l'ambon était une sorte d'estrade élevée au milieu de l'église et réservée aux solistes qui devaient se faire entendre dans toute l'assemblée. En Orient cette forme d'ambon n'existe plus que dans quelques églises des pays balkaniques et dans certaines églises russes. L'ambon oriental était analogue à l'ambon romain, sauf qu'à Rome il y avait généralement deux ambons situés des deux côtés du sanctuaire.

[3] Les portent saintes figurent la bonne nouvelle, le début de l'œuvre rédemptrice du Christ, son enseignement; les portes latérales représentent celles du paradis terrestre fermées depuis la prévarication du premier homme et gardées par un ange au glaive de feu.

[4] Ces portes sont appelées aussi "portes royales".

[5] Les trois portes sont ouvertes toutes grandes au début de l'office pascal et elles le restent pendant la semaine suivante pour marquer que par Sa mort et Sa résurrection, le Christ nous a ouvert les portes du ciel.

[6] L'autel représente mystiquement le trône de Dieu ou du Christ, l'autel céleste contemplé par saint Jean dans l'Apocalypse, le Saint-Sépulcre, le Christ lui-même.

[7] Les ornements recouvrant l'autel signifient la gloire de Dieu dans le ciel; le catasarkion représente particulièrement le suaire dont fut enveloppé le Christ enseveli (d'où son nom). Cette dernière signification est aussi attribuée à l'antimension.

[8] L'antimension est en réalité une sorte d'autel portatif et correspond à la pierre d'autel des Occidentaux. Il doit être consacré par l'évêque. La nature des choses voudrait que ce soit sur lui qu'on déplie l'ileton, mais l'usage contraire a prévalu.

[9] Cet ensemble rappelle naturellement la première vision de l'Apocalypse.

[10] Le trône représente le trône divin contemplé par saint Jean et entouré des sièges des vingt-quatre vieillards.