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LE SILENCE OU LE ROYAUME DU MOINE

Tout vrai discours, toute vraie méditation honorent le silence et en manifestent la signification profonde. C'est comme une architecture se dessinant dans l'espace auquel elle donne un sens.

Il existe un monde du silence qui a ses fidèles et qui est aussi distinct du monde inerte et mort que du monde déchiré par le bruit des passions et des vanités. C'est le silence qui permet à l'homme d'être à l'écoute de son entité, lorsqu'elle lui adresse certains signes connus de lui seul. Dans le silence, la personne humaine se révèle à elle-même comme un être à la fois un et multiple.

Pour les moines, le silence est le milieu nourricier où naissent la parole et la créativité. Ils sont des pèlerins du silence, toujours en état de dialogue avec l'Être absolu, avec Dieu. Ils parlent une langue mystique, tonifiante et libératrice. Ils parlent sans se montrer et leur conversation échappe aux profanes mégaphones et bruyants. Leur cellule est une oasis de silence, avec pour seuls interlocuteurs Dieu et le monde invisible des bienheureux.

Le silence monastique abolit certains bruits mouvants, suggestifs et qui sont apparentés aux lois de la vie, à ses alternances et à ses impulsions. Il ne s'agit pas d'une inactivité, d'une tranquillité statique et stérile. On ne se retire pas du monde pour passer son temps à ne rien faire. Le silence n'est pas seul dans sa marche. Il a comme compagnons la prière, la componction (katanyxis), les larmes de la pénitence, mais aussi les larmes de la joie en rencontrant le Seigneur.

Le silence monastique est dynamique, créateur et enrichissant. Dans la méditation seule, l'âme peut se concentrer, connaître ses fautes, ses insuffisances et ses imperfections. Elle peut dépister les points faibles ou névralgiques et, inspirée par la prière, trouver les remèdes appropriés. C'est un état d'âme privilégié permettant à l'homme de se pencher vers les réalités à venir, de se rappeler sa fin, de réaliser que ses jours sont biens comptés. "Il nous faut tâcher de mesurer continuellement la longueur du chemin qu'il nous reste à parcourir pour arriver au royaume des cieux " disait Saint Jean Chrysostome. La méditation et le silence ascétique signifient l'entrée dans le monde de l'au-delà, un dialogue, un dépassement du conditionnement de nos sens matériels, pour se trouver face à face avec notre Père.

Saint Basile a attaché une grande importance à la discipline du silence dans une communauté: "Il est bon que les novices s'exercent également au silence. En même temps qu'ils donneront une preuve palpable de leur empire sur eux-mêmes en dominant leur langue, ils s'appliqueront avec zèle, en gardant un silence constant et parfait, à apprendre, de ceux qui savent manier la parole, comment interroger et comment répondre. En dehors de la psalmodie, il faut garder le silence, et ne parler que si l'on est obligé, soit par utilité personnelle, comme la direction de son âme, soit encore parce qu'on est interrogé d'urgence." (Grandes Règles, 13)

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This books was first published on paper by the Editura Universitatii din Bucuresti, under ISBN 973-575-635-8.
Comments to:    Lucretia VASILESCU :: Last update: October, 2003 :: Web design&Text editor:    Monica CIUCIU