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Mariana
TUTESCU, L'Argumentation
Introduction à l'étude du discours |
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| 2.
LA JUSTIFICATION
2.1. Les opérations de justification correspondent au fait que le locuteur virtuel A s'adresse à un autre locuteur virtuel, son allocutaire B, et que celui-ci peut refuser d'admettre ce qui est énoncé. Il faut donc que A fournisse à B des raisons de 'croire' ce qui lui est proposé. Rappelons que J.-Cl. ANSCOMBRE et O. DUCROT (1983: 163) parlent d'argumentation lorsqu'un discours comporte au moins deux énoncés E1 et E2 dont l'un est donné pour autoriser, justifier ou imposer l'autre; le premier est l'argument, le second est la conclusion. E1 : Il fait chaud. E2 : Allons à la piscine. 10) (a) Allons à la piscine, puisqu'il fait chaud. b) Il fait chaud, allons donc à la piscine.
2.2. La schématisation du discours est comparable à un organisme continuellement soumis à deux types de contraintes: contraintes internes et contraintes externes. Si les premières sont nécessaires pour assurer la cohérence et la cohésion du discours, les secondes résultent de la présence de l'allocutaire B, donc de la représentation que le locuteur A se fait de ses doutes, de ses questions, de ses refus possibles. On a affaire à deux exigences principales. L'une doit faire accepter ce qui est dit et l'autre doit en assurer la cohérence. Il est possible de prêter à l'allocutaire B deux sortes de questions: A) Pourquoi est-ce ainsi ?, question qui surgit lorsqu'un énoncé s'oppose, ou semble s'opposer, à ce qur J.-Bl. GRIZE (1981) appelle un 'préconstruit légal', c'est-à-dire au fond à une loi ou à une règle du sens commun. La réponse se trouve dans une explication. Soit ce texte dans lequel Haroun TAZIEFF explique la production des tremblements de terre et des éruptions volcaniques: 11) Les séismes se produisent lorsque les roches, quelque part dans l'écorce terrestre ou dans la partie supérieure du manteau, dans cet ensemble que l'on nomme la lithosphère, se brisent soudain parce que l'accumulation des contraintes auxquelles les soumettent des forces intratelluriques, fort mystérieuses encore mais évidentes, dépassent le seuil de leur résistance mécanique. Cette rupture banale provoque un ébranlement, lequel se propage au travers de la planète, ébranlement d'autant plus important que l'est le mouvement relatif, de part et d'autre de la fracture, des morceaux de lithosphère que cette fracture sépare (Haroun Tazieff, « Les illusions de la prévision », in Science et vie, septembre 1983). L'autre type de question que l'on peut prêter à l'interlocuteur est: B) Pourquoi dire cela ? et, plus généralement, Pourquoi faire cela ? La réponse est une justification. 12) Les grandes personnes m'ont conseillé de laisser de côté les dessins de serpents boas ouverts ou fermés, et de m'intéresser plutôt à la géographie, à l'histoire, au calcul et à la grammaire. C'est ainsi que j'ai abandonné, à l'âge de six ans, une magnifique carrière de peintre. J'avais été découragé par l'insuccès de mon dessin numéro 1 et de mon dessin numéro 2 (A. de Saint-Exupéry, Le Petit Prince).
2.3. Le statut des stratégies discursives et des énoncés propres à la justification dépend des représentations que A se fait de son interlocuteur B. Trois situations peuvent ainsi se présenter (voir à ce sujet, J.-Bl. GRIZE, 1981: 14): a) B est supposé accepter ce qui est dit. On parle alors de constats et de faits. b) Le locuteur estime que B ne sera pas immédiatement convaincu. L'énoncé sera en conséquence étayé et on parlera d'une thèse ou bien il découlera d'un autre énoncé, constat ou fait, et nous avons alors une conséquence. c) Enfin, le locuteur réclame la participation active de B et l'on aura des hypothèses, des questions et des injonctions. Nous illustrerons par un exemple chacun de ces types d'énoncés. D'une façon très générale, on dira à la suite de J.-Bl.GRIZE (1981) que la détermination est la simple attribution d'un prédicat (R) à un objet (t). Si t est l'objet « la terre », et R le prédicat « être rond », la détermination donnera: la terre est ronde, ce qu'on notera par: R (t). Dès lors, le statut d'un énoncé dépend exclusivement de la façon dont le sujet énonciateur prend en charge la détermination.
2.3.1. Le constat naît si la détermination est directement assertée par A, sans modalités ni indications de la source d'information. Aussi les énoncés: 13) La terre est ronde. 14) Une manière commode de faire la connaissance d'une ville est de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt (A. Camus, La Peste). 15) Un malade a besoin de douceur, il aime à s'appuyer sur quelque chose, c'est bien naturel (A. Camus, La Peste). représentent-ils des constats. Il paraît que, sous l'angle dialogique, l'exclamation peur être considérée comme un simple constat. La phrase « Comme c'est joli ! » peut être conçue comme un constat, mais aussi comme un fait. Si on n'indique pas leurs sources énonciatives, les interjections (Hein !, tiens !, ça alors !, hélas !) apparaissent comme des constats.
2.3.2. On parle de faits si l'on est en présence de modalités de dicto ou d'une indication de la source d'information. Dans l'exemple (2), l'énoncé: 16) Il n'existe rien de plus laid que les affaires d'empoisonnement (G. Simenon), émis par le policier Joseph Leborgne est un fait. Il en est de même de : (17) Le grandes personnes aiment les chiffres (Saint-Exupéry), dont le locuteur est le personnage le Petit Prince. Soit aussi cet autre exemple: 18) 20 mars 1938. La presse de ce matin donne le chiffre de 2783 personnes disparues sans trace en France l'année écoulée. Il est certain que dans nombre de cas, il s'agit de fugues et d'évasions délibérées pour échapper à une famille ou à une épouse odieuses (M. Tournier, Le Roi des Aulnes). Dans le dernier cas, on donne par la date, écrite en gras, et le sujet agrammatical la presse de ce matin la source d'information. Les modalités discursives mobilisées pour décrire les faits peuvent se noter par Mod l D, où D = 'détermination'. Modalités et sources d'information confèrent la solidité et la crédibilité des énoncés. Les faits et les constats présentent les déterminations d'objets comme directement réfutables.
2.4. Les thèses et les conséquences sont des énoncés argumentés, c'est-à-dire des énoncés considérés comme ne se suffisant pas à eux-mêmes.
2.4.1. On parle de thèse lorsque l'argumentation est d'ordre explicatif ou justificatif. J.-Bl. GRIZE (1981: 16) schématise la thèse par la configuration élémentaire suivante:
Qu'on se rapporte, à ce sujet, à l'exemple (11). Soit également le texte suivant: 19) C'est l'analyse, patiente à l'extrême, des ondes sismiques qui a permis de connaître la structure profonde de la planète, cet emboîtement de sphéroïdes concentriques - écorce, manteau supérieur, asthénosphère, manteau inférieur, noyau gaine - à la rigidité différente, aux densités et sans doute aux températures croissantes, emboîtement qui permet de comparer la terre à un uf gigantesque dont la coquille est tout aussi mince, proportionnellement, que celle d'un uf. Mais cette coquille n'est pas, pour la terre, monolithique. Elle est un puzzle sphérique de plaques imbriquées et qui se meuvent les unes par rapport aux autres, s'écartant ici pour s'affronter là [...] (Haroun Tazieff , art. cité, in Science et vie, septembre 1983). L'exemple ci-dessus nous révèle un fait très général: la majorité des thèses sont étayées sur plus d'un énoncé au point qu'il est possible de considérer certains titres comme des thèses à l'appui desquelles concourt tout le texte. L'exemple (19) a pour titre C'est l'analyse des ondes sismiques qui a permis de connaître la structure profonde de la planète (Haroun Tazieff, art. cité, in Science et vie, Les grandes catastrophes, septembre 1983).
2.4.2. Les conséquences peuvent être représentées comme suit:
Dans l'exemple (2), le micro-discours final représente une conséquence: 2)(a) - Et pourquoi avez-vous dit: « Pas celui-là » ? - Parce que c'est une affaire d'empoisonnement et qu'il n'existe rien de plus laid que ces affaires-là... Laid, vous entendez ! D'un morne à faire pleurer!... Et il en est ainsi de toutes les affaires d'empoisonnement... (G. Simenon, Les 13 Mystères). Les conséquences sont des opérations discursives qui appuient une détermination sur une autre. Les connecteurs argumentatifs eh bien, alors, et introduisent une conséquence, en enchaînant l'énoncé ou les énoncés Q avec les énonciations P antérieures. Qu'on examine la structure sémantique des discours ci-dessous: (20) CÉSAR: Bien entendu, je ne soupçonne pas sa vertu ! Je n'ai rien vu, je ne sais rien. Mais s'il y a eu entre vous des conversations... des caresses... eh bien, il vaut mieux vous marier le plus tôt possible. Crois-moi... (M. Pagnol, Marius). (21) Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur mon revolver. La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé [...]. J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux. Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût. Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur (A. Camus, L'Étranger). Dans une perspective énonciative (O. DUCROT, 1980), la différence entre eh bien et alors consisterait dans le fait que seule l'expression eh bien peut présenter l'énonciation de l'énoncé suivant Q comme conséquence de ce qui est affirmé dans l'énoncé précédent P. Soit: (22) Nous nous sommes promis de tout nous dire. Eh bien, je ne pars plus, « alors, impossible ici, serait possible seulement si l'acte d'énonciation accompli était lui-même objet d'une assertion explicite et apparaissait donc comme un événement du monde, au lieu d'être simplement montré, attesté au sens où l'énoncé atteste l'événement que constitue son énonciation. Il faudrait avoir: (23) Nous nous sommes promis de tout nous dire. Alors je t'annonce que je ne pars plus » (O. DUCROT, 1980: 41). À cet égard, dans (21), alors est l'indice de la consécution parce que l'énoncé qu'il introduit: j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte est un événement du monde, un fait; c'est l'assertion d'une action commise par le personnage, à vrai dire un aveu.
2.5. Dans les hypothèses, les questions et les injonctions la participation de l'allocutaire / interlocuteur est plus manifeste.
2.5.1. Par définition, celui qui propose une hypothèse accepte que l'interlocuteur n'y souscrive pas. Il s'ensuit qu'un locuteur ne peut asserter sans autre ce qui découle de l'hypothèse et qu'il est réduit à ne prendre en charge, et éventuellement à défendre, que la liaison entre les énoncés. L'opération sera notée comme suit:
Le petit rond marque l'articulation entre deux déterminations. Soit cet exemple, où l'on remarquera l'expression de deux hypothèses: 24) - Qu'est-ce que l'honnêteté ? dit Rambert, d'un air soudain sérieux. - Je ne sais pas ce qu'elle est en général. Mais dans mon cas, je sais qu'elle consiste à faire mon métier. - Ah ! dit Rambert, avec rage, je ne sais pas quel est mon métier. Peut-être en effet suis-je dans mon tort en choisissant l'amour. Rieux lui fit face: - Non, dit-il avec force, vous n'êtes pas dans votre tort. Rambert les regardait pensivement. - Vous deux, je suppose que vous n'avez rien à perdre dans tout cela. C'est plus facile d'être du bon côté (A.Camus, La Peste). La première hypothèse est fournie par l'articulation entre les deux déterminations: Je ne sais pas ce que l'honnêteté est en général et Je sais que dans mon cas elle consiste à faire mon métier (paroles proférées par le personnage Tarrou). Cela sera noté par le petit rond. La seconde hypothèse est l'articulation entre les déterminations suivantes: la réplique de Rambert soutenant Peut-être suis-je dans mon tort en choisissant l'amour et celle du docteur Rieux le rassurant: Non, vous n'êtes pas dans votre tort. À remarquer la présence du modalisateur épistémique peut-être. Soit aussi un second exemple, où l'hypothèse est marquée - entre autres - par le si « implicatif »: (25) On appelle couramment chaîne de montagnes toutes les zones de relief important qui sillonnent la surface du globe. Cette définition strictement morphologique n'est pas en fait celle des géologues. Pour eux, une chaîne de montagne est - ou a été - une zone de relief formée par suite de mécanismes de compression affectant une large portion de l'écorce terrestre et où les roches ont été notablement déformées. Si l'on adopte ces préalables, on s'aperçoit que la plupart des grands reliefs sous-marins, les reliefs de l'Afrique Centrale, ou, plus près de nous, le Massif Central, ne sont pas à proprement parler des montagnes (Article « Naissance, vie et mort des montagnes », in Science et vie, La Terre, notre planète, décembre 1977). La structure polyphonique et argumentative de ce texte est évidente. La définition posée au début est le fait d'un énonciateur, différent du locuteur / scripteur de texte. La deuxième proposition fournit un démenti à cette assertion définitionnelle. La troisième proposition recèle l'hypothèse: Pour les géologues, une chaîne de montagnes est - ou a été - une zone de relief formée par suite de mécanismes de compression de l'écorce terrestre... Une fois cette hypothèse posée (ces préalables, dans le texte), il s'en dégage une implication, en l'occurrence, une conséquence: on s'aperçoit que la plupart des grands reliefs sous-marins, X, Y, ne sont pas à proprement parler des montagnes. Il y a dans l'hypothèse l'esquisse d'un débat entre énonciateur et locuteur, entre énonciateur et son destinataire, entre locuteur et allocutaire.
2.5.2. La valeur argumentative de la question sera examinée dans un chapitre à part. La question totale, l'interrogation rhétorique mais aussi certaines questions partielles représentent une stratégie discursive de nature argumentative. 26) Sait-on encore parler le français ? est le titre d'un ample dossier sur la configuration actuelle et l'avenir du français en France (L'EXPRESS, 24 août 1984). Et nous glanons des exemples de ce dossier. D'abord, l'intertexte, qui justifie tous les commentaires qui s'en suivront: 27) Victor Hogo ne reconnaîtrait pas sa langue, noyée sous les emprunts, malmenée par l'argot, l'informatique et même la littérature... Évolution ou déclin ? La question vaut d'être posée. Sereinement. Ensuite, un petit passage, extrait de l'éditorial: 28) Faut-il pleurer ou bien en rire ? La question, en tout cas, se pose - et se la posent avec nous ceux qui, à l'étranger, se font toujours une certaine idée de notre langue: parlons-nous encore le français ou, tout simplement, quel français parlons-nous ? (André Pautard, L'EXPRESS, 24 août 1984: Sait-on encore parler le français ?) La valeur argumentative de la question est-ce-que P ? repose sur les caractéristiques suivantes: 1) une assertion préalable de l'énoncé P; 2) l'expression d'une incertitude du locuteur concernant P; 3) la demande faite à l'interlocuteur de choisir entre donner une réponse du type P (donc affirmative) et une réponse du type ~ P (donc négative) (voir J.-Cl. ANSCOMBRE et O. DUCROT, 1981). Pour ce qui est du dernier trait, notons que si l'on s'en tient aux questions fermées, il faut bien admettre que B peut, en principe, répondre par oui ou par non. Il s'ensuit que A doit prendre toutes sortes de dispositions discursives pour fermer pratiquement une des voies. La question contraint ainsi l'interlocuteur à un choix discursif. 2.5.3. Transposée dans un contexte argumentatif, l'injonction témoigne de ce que l'interlocuteur est convié à une activité; la fonction phatique du langage y est prédominante. 29) Ma mère, derrière la grille bombée de la fenêtre, nous regardait partir. « Surtout, dit-elle, prenez garde aux tramways! » (M. Pagnol, La gloire de mon père). (30) Dessinez soigneusement les trois bissectrices d'un triangle et vous verrez qu'elles se coupent en un même point (exemple emprunté à J.-Bl. GRIZE, 1981: 17). La formulation de (30) semble être logiquement équivalente à: (30)(a) Si vous dessinez soigneusement... , vous verrez que... C'est que l'injonction remplit, dans les situations didactiques, un rôle particulier. 2.6. Parmi les opérations de justification, il convient de citer aussi l'analogie et l'opposition ou la différence. (31) Volcans et tremblements de terre ont pas mal de choses en commun, dont le fait d'être, la plupart du temps, engendrés par les jeux des plaques tectoniques, ce qui les localise, pour la plupart, aux marges de ces dernières. Ils ont aussi en commun d'être les seules manifestations violentes de la nature qui soient exclusivement telluriques, au contraire des cyclones tropicaux, des inondations, des sécheresses, lesquels dépendent pour l'essentiel des relations que notre planète entretient avec le soleil. Si les effets des éruptions et ceux des séismes affectent la surface de la planète - et l'humanité qui l'habite - ces séismes et ces éruptions sont engendrés en profondeur (Haroun Tazieff, art. cité, in Science et vie, septembre 1983). L'analogie y est marquée par avoir (pas mal de choses) en commun, l'opposition par au contraire de. À remarquer aussi, dans le dernier énoncé de (31), la présence du si 'contrastif' ou 'adversatif', marqueur d'un discours de forme alternative si P, Q, paraphrasable par P tandis queQ, d'une part P, d'autre part Q. Pour les besoins de sa cause, toute argumentation schématise et tend à radicaliser, selon qu'elle met en uvre ce que Ch. PERELMAN appelle les 'techniques dissociatives', c'est-à-dire les relations de différence ou d'analogie qu'elle construit au sein du référent. 2.7. La définition est une opération justificatrice qui contribue à faire de l'argumentativité une stratégie discursive de paraphrase interprétative. L'argumentation est ainsi une manière de voir le monde et de l'exprimer linguistiquement. C'est un choix de stratégie discursive. Argumenter, cela revient « à énoncer certaines propositions qu'on choisit de composer entre elles. Réciproquement, énoncer, cela revient à argumenter, du simple fait qu'on choisit de dire et d'avancer certains sens plutôt que d'autres (G. VIGNAUX,1981: 91). Ch. PERELMAN et L. OLBRECHTS-TYTECA (1958) ont esquissé avec finesse les possibilités argumentatives des définitions. Deux aspects, intimement liés, mais qu'il faut néanmoins distinguer - parce qu'ils concernent deux phases du raisonnement - sont alors à envisager: a) les définitions peuvent être justifiées, valorisées, à l'aide d'arguments; b) elles sont elles-mêmes des arguments, plus précisément des arguments quasi-logiques. Soient ces exemples: 1) L'homme est un roseau, le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant (B. Pascal, Choix de pensées). 32) La Hollande est un songe, monsieur, un songe d'or et de fumée, plus fumeux le jour, plus doré la nuit, et nuit et jour ce songe est peuplé de Lohengrin (A. Camus, La Chute). Procédé d'indentification complète, qui prétend identifier le definiens avec le definiendum, la définition doit pourtant distinguer ce qui est défini de ce qui le définit. Tel est le cas de ces définitions par approximation ou par exemplification où l'on demande expressément à l'auditeur de « fournir un effort de purification ou de généralisation lui permettant de franchir la distance qui sépare ce que l'on définit des moyens utilisés pour le définir » (Ch.PERELMAN et L. OLBRECHTS-TYTECA, 1958: 283). Ch. PERELMAN et L. OLBRECHTS-TYTECA distinguent, à la suite de Arne NAESS [15], quatre espèces de définitions: a) Les définitions normatives, qui indiquent la façon dont on veut qu'un mot soit utilisé. Cette norme peut résulter d'un engagement individuel, d'un ordre destiné à d'autres, d'une règle dont on croit qu'elle devrait être suivie par tout le monde; (b) Les définitions descriptives, qui indiquent quel est le sens accordé à un mot dans un certain milieu et à un moment donné; c) Les définitions de condensation, qui indiquent les éléments essentiels de la définition descriptive; d) Les définitions complexes, qui combinent, de façon variée, des éléments des trois espèces précédentes. Les exemples (1) et (32) ci-dessous seraient des définitions de condensation mais aussi des définitions complexes. Les définitions des types (a) - (d) représentent soit des prescriptions, soit plutôt des hypothèses concernant la synonymie du definiendum et du definiens. Qu'on observe aussi le caractère argumentatif de la définition dans l'exemple suivant: 33) Le héros, c'est celui qui met sa vie dans la balance. Ce n'est pas forcément celui qui verse le sang (PARIS-MATCH, le 30 août 1985). On y remarque que le second énoncé renferme un démenti qui contribue à surenchérir sur la valeur argumentative de la définition descriptive présente dans le premier énoncé. 2.8. Les opérations justificatives de recours à une autorité permettent au locuteur A de se décharger sur un tiers. Soient ces exemples: 34) Faut-il redouter les risques sismiques en France ? Pour Haroun Tazieff, sans aucun doute. Car, partout où des tremblements de terre se sont produits dans le passé, il s'en produira de nouveaux dans l'avenir (Science et vie, septembre 1983). 35) Il faut surtout retrouver la saveur du parler national, fût-il tenu à se montrer flexible. Faute de quoi, on s'expose à s'entendre demander dans quelques volapuk: « Parlez-vous encore le français ? ». Faute de quoi, surtout, on devra convenir, avec Chateaubriand, que « parvenues à leur apogée, les langues restent un moment stables; puis elles redescendent sans pouvoir remonter » (L'EXPRESS, 24 août 1984). À remarquer que dans (34) l'argument de l'autorité est exprimé par une citation. Souvent, la définition est intrinsèquement enchaînée à l'opération de recours à l'autorité: 36) « Le stress est une réponse biologique de l'organisme à toute demande qui lui est faite », selon la définition du Pr. Hans Selye, un médecin canadien qui imposa ce concept (L'EXPRESS, le 5 juillet 1985).
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