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2. L’argumentation au
XXe siècle
0.
La renaissance de l’argumentation au XXe siècle, son retour
en force pendant la deuxième moitié de notre siècle
s’expliquent par un terreau historique favorable; elle est contemporaine
de l’intérêt toujours accru pour la langue naturelle
et sa logique. D’une part se multiplient les études sur le
langage naturel et sur la logique naturelle, débouchant sur la
pragmatique et la théorie du discours, domaine dépassant
l’immanence du langage par la prise en charge de l’énonciation,
des facteurs situationnels, interactifs et intentionnels. D’autre
part, les universités ont créé des enseignements
axés sur la persuasion. La rhétorique connaît ainsi
un nouveau souffle.Des chercheurs modernes (et nous pensons à Ch.
PLANTIN, 1990) prennent le terme de rhétorique dans son acception
ancienne de théorie des discours sociaux liés à la
manipulation, à la propagande, ainsi qu’aux savoirs communs
ou à l’action argumentée. Ces discours en dépendance
essentielle de leur contexte, sont orientés par l’intention
de l’/des énonciateur(s) de produire des effets déterminés
sur des publics / destinataires différenciés.
Une
logique juridique, pleinement justifiable de l’art d’argumenter
se fait jour.
Somme
toute, le XXe siècle est caractérisé par la parole
argumentative.
Cette
parole argumentative se reflète dans le discours quotidien.
Voici
ce qu’écrit à ce sujet Pierre OLÉRON:
«
L’argumentation fait partie de notre vie quotidienne. Il n’est
guère de pages de journal, de séquence à la radio
ou à la télévision qui n’exposent ou ne rapportent
les arguments d’un éditorialiste, d’un invité,
d’un homme politique, d’un auteur, d’un critique...
Les textes ou les présentations explicitement publicitaires argumentent
pour justifier l’achat ou la consommation d’une marchandise
ou de quelque produit culturel. À l’égard de ceux-ci,
des magazines ou des chroniques spécialisées se livrent
à des examens critiques qui font apparaître qualités
ou faiblesses et incitent à les adopter ou les rejeter. Et même
la description d’événements, voire la présentation
d’images sont parfois des arguments implicites en faveur de thèses
que l’habileté de leurs défenseurs conduit ici à
ne pas démasquer davantage.
Chacun
de nous, par ailleurs, à divers moments, en diverses circonstances,
est amené à argumenter, qu’il s’agisse de plaider
sa cause, de justifier sa conduite, de condamner ou de louer amis, adversaires,
hommes publics ou parents, de peser le pour et le contre d’un choix
ou d’une décision. Et il est la cible d’arguments développés
par d’autres dans les mêmes contextes, sur les mêmes
sujets. » (1983: 3 - 4).
De point
de vue théorique, le XXe siècle se caractérise par
le passage du paradigme issu des théories aristotéliciennes
et de ses continuateurs romains au paradigme élargi d’une
rhétorique épistémique et d’une théorie
du discours, conçues comme des modes de connaissance et d’influence
des destinataires.
D’autre
part, des linguistes comme Ch. PLANTIN considèrent l’argumentation
comme une quatrième fonction du langage, selon l’expression
de K. POPPER.
«
La fonction argumentative, fonction critique, caractérise les langues
naturelles. Elle opère une restructuration de trois fonctions primaires
repérées par BÜHLER dans le procès général
de communication: exprimer le soi, faire impression sur l’autre,
décrire le monde. Elle leur donne sens en les soumettant aux exigences
d’une situation problématique, d’une rencontre polémique
où des positions ou des intérêts se conjuguent ou
se heurtent » (Ch. PLANTIN, 1990: 9).
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