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Mariana
TUTESCU, L'Argumentation
Introduction à l'étude du discours |
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Chapitre
VI
1. Dans son acception forte, cette loi est régie par le principe de non-contradiction régissant la mise en relation d'énoncés à fonction argumentative. Ce principe peut se formuler de la manière suivante: (i) il n'est pas possible de défendre deux conclusions opposées à l'aide du même argument; (ii) deux arguments opposés ne peuvent pas servir la même conclusion. Ce principe correspond certes au principe du tiers exclu de la logique bivalente. Mais, ce qui lui est spécifique, c'est que l'évaluation des énoncés à fonction argumentative ne se fait pas en termes de leurs valeurs de vérité, mais en termes de leur possibilités ou leur impossibilité à servir une conclusion, c'est-à-dire à accomplir un acte d'argumentation. La contradiction s'applique donc à la propriété d'« être ou de ne pas être un argument », donc d'« être ou de ne pas être une conclusion », et non à la propriété d'« être vrai ou d'être faux ». Il en résulte que tout prédicat ou toute proposition peut devenir argument s'il (elle) sert une conclusion. Ainsi, par exemple, l'énoncé (1) Il pleut peut servir soit la conclusion: « Je prends donc mon parapluie », dans le contexte discursif et pragmatique d'une situation citadine où le locuteur s'apprête à sortir en ville, soit la conclusion « Quel bienfait pour la récolte ! », dans le contexte pragmatique d'une situation agricole, marquée par une longue période de sécheresse. Ce qui compte c'est le parcours argumentatif, la relation argumentative qui rattache un ARGUMENT à sa CONCLUSION. À ce sujet, J. MOESCHLER distingue l'évaluation vérifonctionnelle de l'évaluation argumentative (1995: 121). Tous les contre-exemples apparents au principe de non-contradiction argumentative seront marqués par un implicite sémantico-pragmatique structuré le plus souvent au moyen des opérateurs et des connecteurs argumentatifs. Soit cet exemple banal: (2) - Comment a été la soirée ? - Même Pierre est venu. Ou cet autre, où apparaît le mais 'anti-implicatif': (3) Je suis fatiguée, mais je ne veux pas aller me coucher.
2. Dans une acception faible, la loi de la non-contradiction argumentative impose que la contradiction logique soit résorbée dans le discours. C'est là le lieu qui explique la figurativité du langage naturel, les tropes, ainsi que les stratégies d'indirection. Les stratégies discursives permettent de résorber la contradiction humoristique d'un échange conversationnel comme: (4) - Je connais bien votre famille... - Quelle branche ? - Saule pleureur. Notre caveau est à côté du vôtre au Père-Lachaise (Philippe Bouvard, C'est par la dédicace qu'un roman devient du théâtre, in LE FIGARO MAGAZINE, 14 décembre 1996).
La logique de la langue naturelle, marquée par le flou et le vague, serait à même d'expliquer la résorption discursive de la contradiction logique. Ce péché mortel en logique est toléré en langue et il arrive à engendrer la loi de non-contradiction argumentative. Le principe du tiers inclus (que nous avons formulé pour expliquer l'énoncé paradoxal) est l'un de ces mécanismes explicatifs capable de découvrir le vague propre aux langues naturelles.
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