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Mariana
TUTESCU, L'Argumentation
Introduction à l'étude du discours |
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D.
Le modèle de l’argumentativité radicale de la langue:
O. DUCROT et J.-Cl. ANSCOMBRE.
Informativité et argumentativité, les deux composants du sens de l’énoncé
Si les directions de recherche esquissées jusqu’à présent définissent l’argumentation largo sensu, la conception des linguistes français Oswald DUCROT et J.-Cl. ANSCOMBRE fournit une acception stricto sensu de ce phénomène. L’argumentativité est - selon eux - un trait inhérent du langage. 1.
Le modèle argumentatif des faits de langue construit
systématiquement, au fil des années, par Oswald DUCROT explicite
les stratégies auxquelles on est conduit dès le moment où
l’on intègre la pragmatique aux structures
syntaxique et sémantique de l’énoncé. Le phénomène
d’énonciation de la phrase est amplement
mobilisé. On assiste ainsi à une pragmatique d’essence
rhétorique qui est intégrée à la description
sémantique et qui travaille directement sur la structure syntaxique
de l’énoncé.
2.
D’une façon générale, J.-Cl. ANSCOMBRE
et O. DUCROT (1983) attribuent à tout énoncé un aspect
argumentatif et en particulier une orientation argumentative
- et un aspect « thématique
» ou informatif, lié à une assertion
préalable faisant partie de son sens.
Si l’aspect thématique est l’intérêt de l’énonciateur pour la « réalisation d’un certain état de choses, l’intérêt qu’il manifeste à travers son énonciation, et qui selon lui la justifie », la valeur informative ou le sens lexical de l’énoncé - selon nous -, l’orientation argumentative est une « classe de conclusions suggérées au destinataire: celles que l’énoncé présente comme une des visées de l’énonciation » (J.-Cl. ANSCOMBRE et O. DUCROT, 1983: 149 - 150). Ainsi, dire dans un certain contexte énonciatif, se rapportant à une soirée: (1) Même Pierre est venu, c’est conduire le destinataire vers la conclusion « La soirée a été un succès ». Dire d’une personne: (2) Elle est peu intelligente, c’est vouloir dire « qu’elle n’est pas intelligente », et pourquoi pas « elle est bête », « elle est stupide », « elle n’est pas du tout intel- ligente ». Énoncer la phrase: (3) Jean est venu, puisque sa voiture est devant la maison, c’est appuyer l’assertion de la venue de Jean par la preuve sa voiture est devant la maison, argument fort (ou preuve) introduit(e) au moyen de puisque. L’énonciateur de: (4) Est-que Jean est venu ? fait d’une éventuelle venue de Jean la motivation principale de sa question (aspect thématique ou valeur informative); mais, en même temps, il se présente comme incertain de cette venue, de sorte qu’il semble suggérer, de par sa question, des conclusions que l’on pourrait également tirer de Jean n’est pas venu (aspect argumentatif). Ainsi la question recèle une divergence entre les deux aspects - argumentatif et thématique (informatif) - et rend tangible leur dualité. Dans l’affirmation, par contre, il y a convergence de ces deux aspects. Dire: (5) Cette femme est riche mais malade, c’est opposer, grâce à mais, les deux conclusions dégagées des énonciations de chacun des deux énoncés. Le premier énoncé, P: Cette femme est riche accréditerait la conclusion favorable r: « c’est bien », « elle doit être heureuse », alors que l’énonciation du second énoncé, Q: elle est malade conduira vers la conclusion opposée ~ r , défavorable: « c’est mal », « elle doit être malheureuse». L’hypothèse de J.-Cl. ANSCOMBRE et d’ O. DUCROT est donc que le sens de l’énoncé comporte, comme partie intégrante, constitutive, cette forme d’influence que l’on appelle la force argumentative. Signifier, pour un énoncé, c’est orienter; de sorte que la langue, dans la mesure où elle contribue en premier lieu à déterminer le sens des énoncés, est un des lieux privilégiés où s’élabore l’argumentation. L’argumentativité est un trait constitutif des énoncés, qu’on ne saurait employer sans prétendre orienter l’interlocuteur vers un certain type de conclusion (par le fait qu’on exclut un autre type de conclusion); « il faut donc dire, quand on décrit un énoncé de cette classe, quelle orientation il porte en lui - ou encore [...] en faveur de quoi il peut être argument » (J.-Cl. ANSCOMBRE et O. DUCROT, 1976: 14 - 15). 3. Dans un sens plus technique, O. DUCROT et ses collaborateurs rattachent l’argumentation à l’existence de certains mots du discours [12] tels: et, mais, même, décidément, d’ailleurs, alors, au moins, peu / un peu, presque / à peine, seulement, puisque, car, eh bien, je trouve que, etc., connecteurs pragmatiques ou opérateurs argumentatifs - dans notre conception - qui déclenchent et confirment la valeur argumentative du discours. 4.
La théorie de O. DUCROT et J.-Cl. ANSCOMBRE s’appuie sur
le phénomène d’énonciation et l’étude
des actes de langage. 5.
Mettant en évidence la disparité entre les informations
transmises par un énoncé et ses possibilités d’emploi
dans une argumentation, J.-Cl. ANSCOMBRE et O. DUCROT distinguent l’informativité
de l’argumentativité. Dans la version outrancière
de leur modèle, ils arrivent même à dire que «
l’informativité est en fait seconde par rapport à
l’argumentativité » et que « la prétention
à décrire la réalité ne serait alors qu’un
travestissement d’une prétention plus fondamentale à
faire pression sur les opinions de l’autre ». Dans un grand
nombre de situations on peut justifier « la réduction de
l’apparemment informatif au fondamentalement argumentatif »
(1983: 169). |
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