[1] Au sens strict, un paralogisme est un raisonnement non valide dont la forme rappelle celle d’un raisonnement valide. Ce nom s’applique particulièrement aux deux erreurs de déduction logique que sont:
            - (a) l’affirmation du conséquent: de ' Si P, alors Q ' et ' Q ', on déduit faussement que ' P ';
            - (b) la négation de l’antécédent: ' Si P, alors Q ' et ' non-P ', on déduit que ' non Q '; et, d’une façon générale, la négation simultanée de l’antécédent et du conséquent:
            Si les états désarment, alors nous aurons la paix –›
            Si les états ne désarment pas, alors nous n’aurons pas la paix (Ch. PLANTIN, 1990: 202).
            À lire Ch. PLANTIN, le mot de paralogisme n’a pas de connotations négatives, le préfixe para- a plutôt de sens de quasi- « de même nature, parallèlement ». C’est aussi le sens que PERELMAN attribuait aux arguments ' quasi-logiques '. Par contre, « si l’on souhaite flétrir un raisonnement manifestement élaboré pour tromper l’interlocuteur, on utilisera évidemment sophisme, raisonnement spécieux, fallacieux » (Ch. PLANTIN, 1990: 203). Un paralogisme est une erreur de logique exprimée sous la forme d’une structure de langue naturelle. « Une erreur qui favorise les intérêts de son auteur est immédiatement chargée d’intention maligne par celui qui éprouve une passion opposée. De la description on passe ainsi à l’accusation, que l’on retrouve pleinement intégrée aux termes sophisme, raisonnement spécieux, fallacieux.
            Un paralogisme se repère dans le dialogue ou le monologue, un sophisme forcément dans le dialogue, ce qui fait que les sentiments linguistiques associés ne sont pas les mêmes. On est vexé d’avoir fait un paralogisme, et on le rectifie: c’est une passion monologique. On n’est pas vexé d’avoir bricolé un sophisme, mais ennuyé de s’être fait prendre: c’est une passion dialogique. On se laisse prendre au premier, on prend avec le second, c’est ce qui différencie l’imbécile de la crapule. Il est évidemment utile de pouvoir cumuler les deux qualificatifs sur l’adversaire » (Ch. PLANTIN, 1990: 203).

           [2] L’évidence est pour DESCARTES le caractère de ce qui s’impose immédiatement et par soi.

           [3] DESCARTES écrivait: « J’appelle claire, la connaissance qui est présente et manifeste à un esprit attentif; distincte, celle qui est tellement précise et différente de toutes les autres qu’elle ne comprend en soi que ce qui paraît manifestement à celui qui la considère comme il faut » (Principes de la philosophie, I, 45). DESCARTES appelle intuition l’acte par lequel se donne l’idée évidente (Règles pour la direction de l’esprit, III).

           [4] Ch. PERELMAN et L. OLBRECHTS-TYTECA donnent un exemple de lieux de l’existant, de l’avantage de l’existant sur le projet, puisé à un passage de Molloy de Samuel Beckett:
          « Car étant dans la forêt, endroit ni pire ni meilleur que les autres, et étant libre d’y rester, n’étais-je pas en droit d’y voir des avantages, non pas à cause de ce qu’elle était, mais parce que j’y étais. Car j’y étais. Et y étant je n’avais plus besoin d’y aller » (Molloy, 132).

            [5] Ch. PERELMAN et L. OLBRECHTS-TYTECA invoquent comme exemple de ce lieu un passage de Proust qui valorise la duchesse de Guermantes:
          « [...] la duchesse de Guermantes, laquelle à vrai dire, à force d’être Guermantes, devenait dans une certaine mesure quelque chose d’autre et de plus agréable... » (Proust, À la recherche du temps perdu , t.8; Le côté de Guermantes).
Soit également cet exemple, révélateur - selon nous - de l’intensité d’une qualité (la mort), conçue par ailleurs comme se soustrayant à la comparaison:
          « - Il est mort?
          - Tout ce qu’il y a de plus mort! Mort sur le coup! Le temps de dire ouf...» (Simenon, Les 13 Mystères).

             [6] L’explication de l’argumentation par la dynamique des attitudes et des convictions est due, en général, au psychologue expérimental Fritz HEIDER (The Psychology of Interpersonal Relation, New York, 1958) dont la conception doit être mise en rapport avec la psychologie sociale de Kurt LEWIN (Field Theory in Social Science, Selected Theoretical Papers by Kurt LEWIN, ed. D. Cartwright, Harper and Bros Publishers, 1951). Voir, à ce sujet, Petru IOAN (1983: 137 - 140).

             [7] À mentionner que G. VIGNAUX est un des défricheurs du juridique en tant que domaine précis et privilégié de l’argumentation. Il fut l’initiateur d’un séminaire de logique juridique, déroulé au « Centre de recherches sémiologiques » de Neuchâtel en 1970 - 1971, et celui qui analysa le propre du raisonnement judiciaire.

            [8] Opération est conçue dans le sens de J. PIAGET (1967: Épistémologie de la logique, Gallimard). Les opérations de la pensée procèdent des actions.

             [9] Comme l’écrit J.-Bl. GRIZE dans la Préface de l’ouvrage de G. VIGNAUX, « l’argumentation se rapproche bien davantage du théâtre que de la géométrie. Elle crée un monde plus proche de celui de Calderon que de celui d’Euclide » (VIII - IX).

             [10] En Europe et surtout en France, la rhétorique, définie par O. REBOUL comme art de persuader qui suscite chez autrui une croyance par des moyens aussi bien affectifs que rationnels, vit son champ d’analyse se réduire à l’étude des figures (dont les trois classiques - métaphore, métonymie et synecdoque - connurent des approches structurales) et des structures, lisez mécanismes syntactico-sémantico-rhétoriques.

          [11] Le syllogisme est une forme de raisonnement déductif formé d’une prémisse majeure, d’une prémisse mineure et d’une conclusion. Sous sa forme classique, il est illustré par l’exemple suivant:
                 Les hommes sont mortels
        
         Socrate est homme
        
         Donc Socrate est mortel.
                 L’enthymème est un syllogisme tronqué, incomplet, dans lequel on sous-entend soit une prémisse, soit la conclusion. Le célèbre enthymème de DESCARTES est: Je pense, donc je suis.

            [12] L’ouvrage collectif Les mots du discours (Minuit, 1980), publié sous la direction d’O. DUCROT, renferme des études signées par O. DUCROT, S. BRUXELLES, E. FOUQUIER, J. GOUAZÉ, G. DOS REIS NUNES, A. RÉMIS, A.H. DILLIER, C. SIRDAR-ISKANDAR, N. BOURCIER, L. MAURY, T.B. NGUYEN, L. RAGUNET DE SAINT ALBAN, études qui approfondissent le concept de ' polyphonie ' du discours établi par O. DUCROT. Se plaçant dans une linguistique du texte, fortement marquée par la conception polyphonique de l’énonciation, ces analyses de détail des ' mots du discours ' révèlent un dire caché derrière le dit et marquent l’attitude de l’énonciateur vis-à-vis de ce qu’il communique. L’impact de la dimension pragmatique sur les éléments morpho-syntaxiques, connecteurs discursifs, est hors de doute.

            [13] Les opérations énonciatives sont des opérations subjectives, propres au sujet producteur de langage. Par contre, les opérations discursives sont des opérations non subjectives, objectives, fournies par les mécanismes du discours.

            [14] R. MARTIN appelle ' univers de croyance ' l'ensemble indéfini des propositions que le locuteur, au moment où il s'exprime, tient pour vraies, ou qu'il veur accréditer comme telles. L'univers de croyance est formé de propositions implicites mais aussi explicites, des propositions latentes tenues pour vraies et conséquemment des propositions tenues pour fausses (R. MARTIN, 1983: 36 - 37).

            [15] Interpretation and Preciseness. A Contribution to the Theory of Communication, Oslo, Dybwad, 1953.

            [16] Les seules combinaisons possibles de vraiment ou diablement avec puisque semblent être - selon O. DUCROT (1980: 49) - les cas où l'allocutaire a dit lui-même: Il fait vraiment / diablement beau, et où le locuteur reprend, en l'imitant: Puisqu'il fait vraiment / diablement beau... Il est évident qu'ici le locuteur n'est pas énonciateur en E2.

            [17] Ce changement de représentation de son public permet au camelot, au moment où il annonce qu'il fera cadeau d'un stylo aux acheteurs des crayons, de faire semblant d'être deçu par ses clients: il pensait d'abord avoir affaire à des connaisseurs qui comprendraient combien le prix des crayons est par lui-même avantageux, ou, au contraire, il simule une heureuse surprise à constater qu'il y a des clients encore plus économes et exigeants qu'il ne le croyait.

            [18] « La nature d'un auditoire peut bien être inférée à partir de l'observation psychologique et sociologique mais elle peut l'être aussi à partir du discours et cela me semble plus conforme à une approche des stratégies construites de celui-ci » - écrit G. VIGNAUX (1976: 33).

           [19] Ch. PERELMAN et L. OLBRECHTS-TYTECA appellent persuasive une argumentation qui ne prétend valoir que pour un auditoire particulier et convaincante celle qui est censée obtenir l'adhésion de tout être de raison (1958: 36).

            [20] Le Dictionnaire Petit Robert donne pour vraisemblable la paraphrase sémantique suivante: « qui est à bon droit considéré comme vrai; qui semble vrai ». La modalité épistémique y est fort évidente.

             [21] L'éthologie signifie, dans ce contexte, la science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel. En tant que telle, elle est une branche de l'écologie.

             [22] L'ordre 'nestorien' veut que le discours soit encadré, au début et à la fin, par les arguments les plus solides. Son désignation vient d'un fait historique: le général Nestor, celui dont parle Homer dans l'Illiade (ch. IV, v. 297) avait placé au milieu de ses troupes celles dont il était moins sûr (voir, à ce sujet, G. VIGNAUX, 1976: 159).

              [23] Le principe de l'effacement de la valeur informative au profit de la valeur argumentative et interactionnelle déclenche chez certains philosophes du langage la position nommée 'ascriptivisme'. J.-Cl. ANSCOMBRE et O. DUCROT (1983) nuancent cette hypothèse par le principe que l'informatif est un dérivé délocutif de l'argumentatif.

              [24] Pour O. DUCROT (1990), la persuasion, c'est l'effort accompli, en se servant de la parole, pour faire admettre une opinion ou pour faire accomplir une action par un auditeur ( qui peut ne pas être l'allocutaire: on parle quelquefois à X pour agir sur Y). Il donne pour objectif à la persuasion aussi bien l'action que la croyance.

              [25] Voir « La gradation: recherches sémantiques », in Edward SAPIR, 1978: Linguistique, Minuit: 207 - 249. L'étude originale, intitulée « Grading: A Study in Semantics » fut publiée pour la première fois dans Philosophy of Science, II, 1944: 122 - 149. E. SAPIR étudia la gradation de plusieurs points de vue: logique, psychologique, linguistique.
              À remarquer le fait que E. SAPIR, le premier, esquissa avec finesse le sémantisme des mots tels que jusqu'à « quantitatif », tout juste, encore, déjà, seulement, pas plus que, même, à peine qui « aident de leur mieux à renforcer l'élément kinesthésique dans les concepts logiques « moins que » , « égal à » et « plus que »; appliqués à l'expérience, mais au plus favorable, ils n'apportent qu'un soutien précaire » (234).
              À lire E. SAPIR, seulement est à vrai dire un limitatif exclusif, encore contient des implications temporelles, du moins à l'origine; jusqu'à quantitatif glisse une note de satisfaction, seulement et à peine laissent percer une certaine déception (v. E. SAPIR, tr. fr. 1968: 234).

            
              [26] La scalarité de la modalité déontique en langue naturelle pourrait s'exprimer par l'échelle suivante:
             Cette action est ...

              Dans la mesure où elle implique la phrase inférieure, la phrase supérieure « dit plus », en ce sens qu'elle donne plus d'informations. Les échelles implicatives postulées par G. FAUCONNIER (1976) permettent d'illustrer la maxime de la quantité énoncée par P. H. GRICE; la règle imposant de donner le maximum d'information pertinente exige donc de toujours recourir aux phrases scalaires supérieures.

             [27] Soit l'énoncé P' et a fortiori P: Il a le doctorat d'État, a fortiori le 3e cycle. « L'emploi d'un tel énoncé ne suppose pas que les deux diplômes aient une orientation argumentative commune. Peut-être, même, le locuteur s'intéresse-t-il seulement au fait que la personne dont on parle a le troisième cycle. Tout ce qui est dit, c'est que le premier titre implique le second, la réciproque n'étant pas sûre (l'énoncé en question est donc hors de propos seulement si le doctorat d'État est indépendant du troisième cycle). Ainsi les conditions d'emploi de a fortiori peuvent se décrire en termes de conditions de vérité: il faut que P' ne puisse pas être vrai sans P » (O. DUCROT, 1973: 229).
             L'emploi de même dans une échelle argumentative impose tout à fait d'autres conditions. Pour pouvoir dire P et même P', il faut que P et P' soient orientés vers une conclusion identique, et que P' y conduise mieux que P. La relation purement factuelle existant entre P et P' rattachés par l'ordre logique passe nécessairement, dans le cas de l'ordre argumentatif, par les intentions argumentatives de l'énonciateur.
             Néanmoins les deux types d'ordre ne sont pas sans rapport entre eux, et bien souvent, dans le contexte discursif, ils s'impliquent l'un l'autre.


             [28] Selon Ch. PLANTIN, les trois opérations cognitives, correspondant à trois opérations linguistiques sont: la référence, la prédication et l'argumentation. Leur lien s'établit comme suit:

- l'appréhension: l'esprit appréhende un concept. Au plan linguistique, l'acte de référence lie ce concept à un terme.

- le jugement: l'esprit assemble deux concepts en une proposition. Au plan linguistique, l'acte de prédication lie le terme sujet au terme prédicat, constituant ainsi un énoncé.

- le raisonnement: l'esprit enchaîne un groupe de propositions en une inférence (Ch. PLANTIN, 1996: 9).

             [29] Une relation est symétrique, en logique formelle, quand sa converse lui est identique, c'est-à-dire quand la même relation peut être affirmée entre b et a qu'entre a et b.

             [30] Formellement, la transitivité permet de passer de l'affirmation qu'une relation existe entre a et b et entre b et c, à la conclusion qu'elle existe entre a et c.

             [31] Le terme abduction est à prendre au sens de PEIRCE, donc comme une inférence qui, légitimée par une implication, conclut de la présence du conséquent (Q) à l'existence de l'antécédent (P). En l'occurrence: < Si l'on pleure (P), les yeux deviennent rouges (Q)>.
             Depuis ARISTOTE, la rhétorique a conçue ce type d'inférence comme un argument par le signe probable ou par l'indice.

             [32] À ce sujet, on consultera avec profit l'article de Rodica MIHAILA, « Le silence en tant qu'acte de langage », in Revue Roumaine de Linguistique, Tome XXII, oct. - déc. 1977: 417 - 422. L'auteur y conçoit le silence comme acte linguistique de comportement, plus précisément comme acte de comportement d'abstention. En tant que tel, le silence représente le pendant négatif d'un acte d'engagement.

            [33] À lire M. CHAROLLES (1978: 26), cependant et quand même sont des connecteurs de rattrapage, ayant pour fonction de récupérer un énoncé qui sans eux pourrait être éventuellement perçu comme contradictoire.
            Ces connecteurs ne permettent pas toutefois d'effectuer n'importe quelle récupération.

            [34] Deux thèses s'opposent à ce sujet. La première, due à Gottlob FREGE, consiste à refuser que la négation soit une forme de jugement. Conformément à cette thèse, tout jugement est affirmation. Affirmer, c'est toujours poser un certain contenu de pensée. Dans un énoncé négatif, la négation est donc toujours intérieure au contenu: elle fait partie de ce qui est affirmé.
            La thèse antithétique est celle que soutiennent les philosophes du langage de l'école analytique ou « école d'Oxford », thèse qui a été exploitée en pragmatique linguistique. Selon cette approche, la négation est un acte, une énonciation qui s'oppose à une affirmation préalable.
            Il s'agit donc d'une modalité de jugement, d'un acte de langage illocutoire, caractérisé(e) par un effet contrastif, par rapport à l'énoncé assertif correspondant.
            Voir, à ce sujet, O. DUCROT, 1973: « Le rôle de la négation dans le langage ordinaire », in La Preuve et le Dire, Repère, Mame, 117 - 133.
            Pour les différentes approches de la négation et les différents types et aspects de celle-ci, on consultera avec profit la revue Langue Française, numéros 62, mai 1984: La négation et 94, mai 1992: Les négations.
            Voir aussi La négation. Actes du Colloque de Neuchâtel, octobre 1987, in Travaux du Centre de Recherche Sémiologiques, 56, 1988. Pour une approche de la négation en termes d'univers de croyance, voir dans la revue mentionnée ci-dessus l'étude de R. MARTIN: « La négation dans un modèle sémantique multivalué » (1988: 1 - 15).

            [35] L'acte réactif s'oppose à l'acte directif.

            [36] L'acte représentatif s'oppose, par exemple, à l'acte directif ou à l'acte commissif.

            [37] Pour la sémantique du prototype et le vague voir surtout:
            KLEIBER, Georges, 1990: La sémantique du prototype. Catégories et sens lexical, P.U.F., Linguistique Nouvelle, Paris;
  KLEIBER, Georges, 1987: 'Quelques réflexions sur le vague dans les langues naturelles', in Études de linguistique générale et de linguistique latine offertes en hommage à Guy Serbat, Société pour l'Information Grammaticale, Paris, 157 - 172.
            Porte-parole de la sémantique du prototype, G. KLEIBER (1987) distingue trois types de vague: (a) le vague observationnel (grand), le vague subjectif (bon) et (c) le vague multi-dimensionnel (chaise). C'est ce dernier type de vague, fondé sur une « multi-critérialité » - selon G. KLEIBER -, qui se trouve, croyons-nous, à la base du paradoxe.
            Voir aussi LANDHEER, R. (1993), « Enclosures, isotopie et prototypie », Actes du XXe Congrès International de Linguistique et Philologie Romanes, Tome I, 'La Phrase', 369 - 379, Francke Verlag, Tübingen.

            [38] Par 'valeurs pragmatiques' on comprend des faisceaux de suppositions, intentions, présuppositions, attitudes et croyances partagées par le locuteur et son / ses auditeur(s).

            [39] Le même 'd'exclusion' apparaîtrait dans des énoncés du type:
            (i) Jean et Marie ont construit leur maison eux-mêmes.
            (ii) Il avait tenu à tout préparer lui-même.
            Le même 'spécifiant' serait caractéristique des énoncés tels que:
            (iii) Jacques empruntait le même chemin chaque jour.
            (iv) Paul désirait séjourner non pas à Vincennes, mais à Paris même.
            (voir, à cet égard, J.-Cl. ANSCOMBRE, 1973).

            [40] À remarquer aussi qu'il s'agit, dans ce cas, de la forme logique tollendo ponens: la seconde prémisse est négative et la conclusion affirmative.

            [41] « Un nouvel outil grammatical en français moderne: le verbe voir », Le Français Moderne 36, 1968: 219 - 225.

            [42] « Modalité et perception: remarques sur les valeurs du verbe voir en français contemporain », in Revue Roumaine de Linguistique, tome XXXI, n° 3, 1986: 245 - 255.

            [43] Selon E. WERLICH (Typologie der Texte, Heidelberg, Quelle et Meyer, 1975, Text Analysis and Text Production, 1. Stories and Reports, 2. Impressionnistic and Technical Descriptions, Dortmund, 1975), les cinq types textuels « déclenchés et développés par des actes de locution en direction de l’environnement et par des réactions à des aspects spécifiques de l’environnement » sont:
1. Le type descriptif, qui présente des arrangements dans l’espace.
2. Le type narratif, concentré sur le déroulement dans le temps.
3. Le type expositif, associé à l’analyse et à la synthèse de représentations conceptuelles.
4. Le type argumentatif, centré sur une prise de position.
5. Le type instructif, incitant à l’action.
            Selon J.-M. ADAM (1985), la classification de E. WERLICH doit être développée et combinée avec une conceptualisation des types de processus cognitifs dominants (continuum spatial en 1, temporel en 2, relais de concepts en 4, etc.). Le linguiste suisse situe sa réflexion dans le cadre d’un modèle inférentiel de la compréhension des énoncés, adoptant l’hypothèse que les lecteurs / locuteurs savent, grâce à leur compétence discursive, reconnaître intuitivement un texte comme 'narratif', 'argumentatif' ou 'descriptif'. Pour J.-M. ADAM, une typologie des types textuels est inséparable d’une théorisation des schémas textuels, « ces schémas globaux narratif, descriptif et argumentatif (surtout) qui assurent la cohésion-cohérence du texte comme tout articulé et hiérarchisé »
(J.-M. ADAM, 1985: 39).

            [44] Nous n’avons pas envisagé le rôle du temps grammatical dans l’organisation du récit. Plusieurs pistes de recherches s’offriraient alors. Nous n’avons pas évoqué non plus la classique distinction de Ém. BENVENISTE: récit / vs / discours. Pour tous ces problèmes visant l’énonciation, le lecteur se rapportera à la riche bibiographie du temps verbal. À ne pas oublier les études classiques: Ém. BENVENISTE, 1966: « Les relations du temps dans le verbe français », in Problèmes de linguistique générale, Gallimard, pp. 237 - 250; Paul IMBS, 1968: L’emploi des temps verbaux en français moderne. Essai de grammaire descriptive, C. Klincksieck, Paris; Dominique MAINGUENEAU, 1991: L’Énonciation en Linguistique Française, Hachette, Supérieur, Paris; Marcel VUILLAUME, 1990: Grammaire temporelle des récits, Minuit, Paris. Voir aussi: Langages 64, déc. 1981: Le temps grammatical et Langue Française 67, sept. 1985: La pragmatique des temps verbaux.

            [45] C’est toujours Paul VALÉRY qui écrivait: « L’invasion de la littérature par la description fut parallèle à celle de la peinture par le paysage. Une description se compose de phrases que l’on peut, en général, intervertir [...]. Le regard erre comme il veut. Rien de plus naturel, rien de plus vrai, que ce vagabondage, car ... la vérité c’est le hasard [...]. Ce mode de créer, légitime en principe et auquel tant de fort belles choses sont dues, mène, comme l’abus du paysage, à la diminution de la partie intellectuelle de l’art » (« Degas, Danse, Dessin », in Œuvres, Gallimard, La Pléïade, t. II, 1219 - 1220).

            [46] Ph. HAMON envisage, à ce sujet, la liberté incontrôlable du descriptif, dont le signe emblématique pourrait être le « etc. » infini. « La description devient souvent le lieu de l’aléatoire, de l’amplificatio infinie, de la non-clôture et de la non-structure, de la prolifération lexicale à saturation imprévisible » (Ph. HAMON, 1981: 47). Ce trait va de pair avec une impossibilité de contrôler les réactions du lecteur devenu descriptaire. La communication, dans ce cas, devient « hasardeuse », et la créativité (infinie) du langage s’y montre trop ostensiblement.

            [47]Pour P. CHARAUDEAU, les modalités DÉLOCUTIVES sont déliées du locuteur et de l’interlocuteur. Le propos émis existe en soi, et s’impose aux interlocuteurs dans son mode de dire: « Assertion » ou « Discours rapporté » (1992: 619). Nous ne souscrivons pas à cette approche de la modalisation.

            [48] À rappeler qu’on parle de discours quotidien lorsque l’une ou l’autre des conditions suivantes sera satisfaite: (a) le discours s’adresse à un interlocuteur particulier; (b) il est engendré en situation; (c) c’est un discours d’action; (d) il ne vise qu’une validité locale (voir, à cet égard, La Première Partie, Chapitre Premier, paragraphe 6).