X. LA MÉMOIRE DES TEMPS.
CHRONIQUES ET MÉMOIRES


2. Journal d'un bourgeois de Paris (milieu du XVe siècle)

            Récit d'événements passés entre 1405 et 1449, ce Journal formé de brèves notations qui prend la forme d'une chronique au quotidien, oeuvre d'un clerc plutôt que d'un bourgeois, offre de précieuses informations sur les atrocités de la guerre civile entre Armagnacs, partisans du roi de France, et Bourguignons, favorables aux Anglais, autant que sur les détails de la vie quotidienne (prix des denrées, variations climatiques, etc).

            Les malheurs de Paris en 1420 et 1421
            [ 1420] Décembre passa, puis janvier, février, sans que le roi et la reine vinssent à Paris, mais ils étaient toujours à Troyes[78] et les Armagnacs couraient toujours autour de Paris, pillant, volant, mettant le feu, tuant[79]. Et à dix lieues autour de Paris personne ne restait aux villages, mais tous fuyaient dans les bonnes villes et quand ils emportaient quelque chose, vivres ou autres, tout leur était enlevé par les gens d'armes, qu'ils fussent Bourguignons ou Armagnacs, chacun faisait bien son personnage et ainsi, la plupart, femmes et hommes, quand ils arrivaient dans les bonnes villes, y arrivaient dépouillés de tous biens, et il fallait que les villes fournissent à tous les villages. C'est pouquoi le pain enchérit tant...
            À ce moment-là, on ne faisait pas de pain blanc, et on n'en trouvait pas à moins de huit deniers parisis[80] la pièce, si bien que les pauvres gens n'en pouvaient trouver et les plus pauvres ne mangeaient que du pain de noix...
            Ainsi le pain enchérit tant, avant qu'il fût Noël, que celui qui valait quatre blancs, coûta sept blancs et nul n'en pouvait trouver s'il ne venait avant le jour chez les boulangers et payait pinte[81] ou chopine[82] aux maîtres ou aux valets pour en avoir. Et il n'y avait pas de vin à ce moment qui ne coutât douze deniers la pinte au moins; mais celui qui pouvait en avoir ne regrettait pas son argent, car après huit heures, il y avait si grande presse à la porte des boulangers que nul ne le croirait s'il ne l'a pas vu. Et les pauvres créatures dont les maris étaient aux champs et dont les enfants mouraient de faim à la maison, quand elles n'en pouvaient pas avoir, par faute d'argent ou à cause de la foule, vous entendiez dans Paris leurs piteuses plaintes, piteux cris et lamentations et les petits enfants criaient: «Je meurs de faim.» Et sur les fumiers de Paris, en 1420, vous auriez pu en trouver ici dix, ici vingt ou trente enfants, garçons ou filles, qui là mouraient de faim et de froid, et il n'était si dur coeur qui les entendant la nuit crier: «Hélas! je meurs de faim», n'en ait eu grande pitié, mais les pauvres ménagers ne pouvaient les aider, car on n'avait ni pain, ni blé, ni bûche, ni charbon...

            Pour préparer l'étude du texte:
            - Quel est l'intérêt historique du Journal d'un bourgeois de Paris?
            - En dépit de la sècheresse des notations, le texte fait-il preuve de qualités littéraires? Lesquelles?
            - L'auteur fait-il preuve d'objectivité?

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Comments to: Mihaela VOICU; Text editor: Laura POPESCU; Last update: July, 2002