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X. LA MÉMOIRE
DES TEMPS. CHRONIQUES ET MÉMOIRES
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Si,
écrire l'histoire signifie encore pour les chroniqueurs des XIVe et XVe
siècles relater de façon détaillée les événements
dans leur succession chronologique pour en détacher la valeur exemplaire,
les malheurs des temps - épidémies, famines, calamités
de toute sorte mais surtout la Guerre de Cent Ans - modifient sensiblement le
discours historique.
Le
conflit entre Français et Anglais, aggravé au début du
XVe siècle par la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, assigne
souvent aux chroniques une dimension polémique en même temps qu'il
développe le sentiment national et la réflexion sur les relations
entre État et société.
La
conscience de vivre des circonstances d'une gravité exceptionnelle détermine
de simples particuliers à tenir des «journaux», échos
des événements qui les ont marqués mais aussi sources précieuses
d'informations sur la mentalité commune et sur la vie quotidienne du
XVe siècle.
Les
revers subis pendant la guerre, la crise qu'ils ont engendrée suscitent
des nostalgies. On se tourne vers le passé récent pour fixer dans
les mémoires une image idéale des figures héroïques
de la Guerre de Cent Ans. C'est à cette intention que répond la
Chanson de Bertrand Du Guesclin, composée en laisses épiques
par le clerc Jean Cuvelier vers 1380-1385.
Mais
l'historiographie se double de plus en plus d'une réflexion morale et
politique, mettant en question le système des valeurs féodales
traditionnelles. Si, dans ses Chroniques, Froissart se propose d'exalter
la chevalerie et ses valeurs en célébrant la Prouesse et ses manifestations,
la réflexion parfois cynique de Commynes sur la duplicité universelle
met en question et même détruit les mythes chevaleresques et courtois.
Qu'il
exalte en un effort sublime des valeurs appartenant au passé ou qu'il
sonne le glas de normes et d'attitudes jugées anachroniques, le chroniqueur
devient de plus en plus historien, porteur d'une réflexion politique.
Parce que, si écrire une chronique, c'est montrer Dieu dans ses oeuvres,
ce Dieu maître de l'histoire qui est cause des événements
et dispensateur des châtiments ou des récompenses selon la justice,
c'est aussi «rechercher des règles de conduite pour les générations
et les temps à venir, proposer des modèles» (C. Marchello-Nizia).
Destinés le plus souvent à des princes, ces ouvrages sont donc
aussi un manuel de bon gouvernement.
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© Universitatea
din Bucuresti 2002.
No part of this text may be reproduced in any form without written permission of the University of Bucharest, except for short quotations with the indication of the website address and the web page. Comments to: Mihaela VOICU; Text editor: Laura POPESCU; Last update: July, 2002 |