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XII. LA POÉSIE
AU XIVe ET AU XVe SIÈCLES
2. L'âge de Mélancolie, à l'aube de l'âge moderne |
«Automne
du Moyen Âge», le XVe siècle pourrait se définir comme
le siècle de la Mélancolie. Il ne s'agit pas (encore) du sentiment
de vague tristesse et d'ennui de vivre, mais plutôt d'une prise de conscience
de la dimension tragique de la condition humaine et d'une nouvelle sensibilité
au temps. Car le temps sous tous ses aspects, date, durée, fêtes,
rites, devient un sujet majeur du lyrisme. Ubi sunt est un thème
qui traverse la poésie à la fin du Moyen Âge, de Deschamps
à Villon. Le temps trop lent, la «longue attente» tue l'espoir
de Charles d'Orléans et le transforme en mérencolie ou
en nonchaloir. Le temps, qui revêt parfois le masque de la Fortune
pour marquer l'instabilité de la condition humaine, use et conduit immanquablement
à la vieillesse et à la mort. Ce dernier thème, si présent
dans l'oeuvre de Villon, insiste sur la décomposition, sur le regret
des jouissances passées.
Dans
un monde miné par le temps, guetté par la mort et par la destruction,
la vérité du poème se fonde de plus en plus sur le «sentiment»,
sur le moi. À travers le je devenu lieu de la poésie,
la lyrique à la fin du Moyen Âge traduit un nouveau rapport du
poète à lui-même et à la réalité. C'est
cette transformation du je en moi que traduisent
la poésie de Charles d'Orléans ou celle de François Villon.
Au je énonçant du grand chant courtois, je universel et intransitif,
selon l'expression de Paul Zumthor, succède un je dialogique, qui s'adresse
à un interlocuteur, le crée au besoin. Le mythe de la Belle Dame
sans merci, mis en oeuvre par Alain Chartier dit la transformation de la dame
courtoise inaccessible en interlocutrice. Le Débat du coeur et du
corps de Villon situe le dialogue à l'intérieur de l'être
même, le dédoublant mais l'exaltant à la fois.
À
la fin du Moyen Âge le lyrisme a donc changé de modèle.
«Son héros n'est plus Narcisse, figure de la parole intransitive,
il n'est plus Orphée, incarnation du chant, mais il est celui qui crée
de ses mains et qui crée l'autre: Pygmalion» (J. Cerquiligni).
De la métaphore à la métamorphose, de la joie à
la mélancolie, du charme de la voix à la fascination des belles
formes, du plaisir immédiat de la musique au plaisir différé
de l'écriture, tel est le trajet que parcourt la poésie lyrique
à la fin du Moyen Âge.
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© Universitatea
din Bucuresti 2002.
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