VI. FORMES BRÈVES

1. Le Roman de Renart (1170-1250)

            Ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Roman de Renart est un ensemble de contes (ou branches) composés en vers octosyllabes à rimes plates, par divers auteurs, la plupart anonymes. Le noyau en est constitué par le conflit entre le rusé goupil appelé Renart (nom propre qui finira par remplacer le nom commun) et le loup Ysengrin, fort mais bête et méchant. À partir de ce tronc commun, les divers auteurs ont brodé d'autres aventures, multipliant les «branches» (26 en tout) du roman. Sous l'apparence plaisante du «conte à rire», le Roman de Renart esquisse un monde animal gouverné par les mêmes règles et régi par les mêmes passions que le monde humain. La faim insatiable du goupil, sa personnalité protéiforme, la ruse qui l'aide à triompher de la force en font un personnage ambigu, trompeur universel et redresseur de torts, mais surtout contestataire de l'ordre. C'est pourquoi, d'une branche à l'autre la veine satirique l'emporte sur le comique bon enfant, atteignant avec plus ou moins de violence toutes les couches sociales cachées-dévoilées par le masque animal.
            En outre, le texte apparaît comme un creuset où se mêlent plusieurs sources ou traditions et qui combine souvent la parodie des genres «en vogue» à l'époque (chansons de geste, roman courtois, poésie lyrique) et le traitement ironique d'une certaine éthique chevaleresque et courtoise.

            Renart et le corbeau
                
(Le corbeau a dérobé un fromage. Renart, sous un arbre, blessé à la patte dans un piège, attend toujours une aubaine).

            Tiécelin, le corbeau, s'en retourne et va directement à l'endroit où se trouvait Renart. Un véritable rendez-vous, Renart en bas et l'autre au-dessus, avec cependant cette différence que l'un s'empiffre et que l'autre bâille de faim. Dans le fromage en forme de coeur, Tiécelin frappe à grands coups de bec tant et si bien qu'il l'entame. Il en a mangé la partie la plus crémeuse et la plus tendre. Il frappe à coups redoublés, sans se rendre compte qu'il en a fait tomber un petit bout à terre, devant Renart, qui l'a vu. Celui-ci, quand il a reconnu l'animal, hoche la tête puis se redresse pour mieux voir; il découvre tout en haut Tiécelin, son compère de longue date avec le bon fromage entre ses pattes. Amical, il l'appela: «Par tous les saints du ciel, que vois-je là-bas? Est-ce vous, noble compère? Que repose en paix l'âme de votre père, sire Rohart qui savait si bien chanter! Plus d'une fois, je l'ai entendu se proclamer le meilleur chanteur de France. Vous-même, lorsque vous étiez petit, vous aviez l'habitude de vous exercer laborieusement. Vous en reste-t-il quelque chose? Chantez-moi une ritournelle!» Tiécelin, ainsi encensé, ouvre le bec et lance un cri. Renart lui dit: «Fort bien; vous avez fait des progrès, mais si vous le vouliez, vous pourriez atteindre l'octave supérieure.» L'autre, qui se pique de bien chanter, recommence à crier: «Mon Dieu, s'émerveille Renart, comme votre voix devient claire, comme elle devient pure! Si vous renonciez à manger des noix, vous chanteriez le mieux du monde. Chantez donc une troisième fois!» L'autre s'époumone et, tout à son effort, ne s'aperçoit pas que sa patte droite se desserre. Et le fromage de tomber à terre tout juste aux pieds de Renart. Le coquin, dévoré par la gourmandise, se garda bien d'y toucher car, en outre, s'il en a la possibilité, il a l'intention de s'emparer de Tiécelin. Il a donc le fromage sous le nez. Il se soulève, tant bien que mal, il avance sa patte qui boite, la peau toujours en lambeaux. [...] Il désire que Tiécelin voie tout cela. «Ah! Dieu, se plaint-il, que ma part de bonheur fut mince en cette vie! Que faire, sainte Marie? Ce fromage sent si fort, il empeste tellement qu'il m'aura bientôt tué. Ce qui me tourmente le plus, c'est que le fromage n'est pas recommandé pour les blessures. Ah! Tiécelin, par pitié, descendez! Délivrez-moi de cette calamité! En vérité, jamais je n'aurais fait appel à vos services si je ne m'étais malencontreusement cassé la jambe l'autre jour, dans un piège. C'est un malheur auquel je n'ai pu échapper. Maintenant je dois prendre du repos, appliquer et étendre des emplâtres jusqu'à réduction de la fracture.» Ses larmes et ses prières ont convaincu Tiécelin qui est descendu de son arbre mais son bond risque de lui coûter cher, si Renart peut l'attraper. Tiécelin n'ose s'approcher; aussi, le voyant plein d'appréhension, Renart se mit-il à le rassurer: «Par Dieu, dit-il, rapprochez-vous donc! Quel mal peut vous faire un blessé?» Renart se tourna de son côté. L'étourdi, trop confiant, ne le vit même pas bondir. L'autre comptait l'attraper, mais il le rata: quatre grandes plumes seulement lui restèrent entre les dents. Tiécelin s'écarte, bouleversé par tant d'ingratitude. Il regarde avec attention tout autour de lui. Ah! Dieu, dit-il, comme j'ai manqué de vigilance aujourd'hui! Je n'imaginais pas que je serais victime de ce salaud de rouquin, de cet estropié qui m'a arraché quatre plumes à l'aile droite et à la queue. Sa place est en enfer: oui, vraiment, c'est un fourbe, un traître, j'en ai maintenant la preuve.»

            Pour préparer l'étude du texte:
            - Étudiez l'art du conteur. Comment organise-t-il la progression du récit? Sur quels éléments insiste-t-il?
            - Relevez l'habileté de Renart à persuader Tiécelin.

            Le Jugement de Renart
            Ses nombreux méfaits, dont le «viol» de Hersent, la louve, constitue le premier chef d'accusation, entraînent la mise en accusation de Renart. Soucieux de garder la paix entre ses sujets, le roi Noble, le lion, parvient difficilement à convaincre Ysengrin de renoncer à sa plainte, lorsque survient un triste cortège: le coq Chantecler et sa soeur Pinte «qui pond de gros oeufs» amènent une charrette portant le cadavre de leur soeur, étranglée par Renart.

            À peine le roi, fatigué des débats, venait-il d'en finir avec une longue séance que surviennent Chantecler et les poules se frappant de leurs paumes. Pinte la première, puis les autres, s'écrient à pleins poumons: «Par Dieu, dit-elle, nobles bêtes, chiens, loups, vous tous qui êtes ici, assistez donc une malheureuse de vos conseils! Je hais l'heure de ma naissance. Mort, prends-moi donc, hâte-toi puisque Renart m'ôte la vie! J'avais cinq frères, tous fils de mon père: ce voleur de Renart les mangea tous. Quelle perte immense! Quelle cruelle douleur! Du côté de ma mère, j'avais cinq soeurs, de jeunes vierges, des amours de poulettes. Gombert de Fresne[49] les nourrissait, les gavait pour la ponte. Le pauvre! À quoi bon les avoir engraissées puisque, sur les cinq, Renart ne lui en laissa jamais qu'une seule? Toutes prirent le chemin de son gosier. Et vous qui gisez dans ce cercueil, ma douce soeur, mon amie chère, comme vous étiez tendre et grassouillette! Comment votre soeur infortunée va-t-elle pouvoir vivre sans jamais plus vous voir? Renart, que le feu de l'enfer vous brûle! Combien de fois vous nous avez persécutées, pourchassées, secouées, combien de fois vous avez déchiré nos pelisses! Combien de fois vous nous avez traquées jusqu'aux palissades! Hier matin, devant la porte, il me jeta le cadavre de ma soeur avant de s'enfuir dans un vallon. Gombert ne possédait pas de cheval rapide et n'aurait pas pu le rattraper à pied. Je voulais engager des poursuites contre lui mais je ne trouve personne qui me rende justice, car Renart se soucie comme d'une guigne des menaces et de la colère d'autrui.»
            À ces mots, la malheureuse Pinte tombe évanouie sur le pavé, aussitôt imitée par ses compagnes. Pour relever ces quatre dames, le chien, le loup et les autres bêtes se levèrent de leurs tabourets et leur aspergèrent la tête d'eau. Revenues à elles, comme nous dit l'histoire, quand elles voient le roi assis sur son trône, elles courent ensemble se jeter à ses pieds tandis que Chantecler s'agenouille et lui baigne les pieds de ses larmes.
            À la vue de Chantecler, le roi est saisi de pitié pour le jeune homme. Il a poussé un grand soupir, rien au monde n'aurait pu l'en empêcher. De colère, il redresse la tête. Toutes les bêtes sans exception, même les plus courageuses - ours ou sangliers - sont remplies de peur lorsque leur suzerain se met à soupirer et à rugir. Le lièvre Couart eut si peur qu'il en eut la fièvre pendant deux jours. Toute la cour frémit à l'unisson. Le plus hardi tremble de peur. De colère, Noble redresse la queue et il s'en frappe, en proie à un tel désespoir que toute sa demeure en résonne. Puis il tint ce discours:
            «Dame Pinte, dit le roi, par la foi que je dois à l'âme de mon père pour lequel je n'ai pas encore fait l'aumône aujourd'hui, votre malheur me désole et je voudrais pouvoir le réparer. Mais je veux faire venir Renart si bien que vous verrez de vos propres yeux et entendrez de vos propres oreilles combien la vengeance sera terrible: je veux le châtier de façon exemplaire pour son crime et son orgueil.»

            Pour préparer l'étude du texte:
            - Étudiez les traits qui assimilent la société animale à la société humaine. En quoi consiste la satire proposée par cette «comédie humaine»?

            Renart pèlerin
                
Amené de force devant la cour, accusé unanimement par tous les «barons», Renart est condamné à être pendu.

            Renart se voit fort entrepris, de toutes parts lié et pris; mais il ne peut trouver de ruse pour en réchapper. Il n'est pas question qu'il s'échappe sans une très grande astuce. Quand il vit dresser la potence, il fut plein de tristesse et dit au Roi: «Beau gentil sire, laissez-moi donc un peu parler. Vous m'avez fait lier et prendre, et maintenant vous voulez me pendre sans forfait. J'ai commis de grands péchés dont je suis fort accablé: maintenant je veux m'en repentir. Au nom de la Sainte-Pénitence, je veux prendre la croix pour aller, avec la grâce de Dieu, au-delà de la mer. Si je meurs là-bas, je serai sauvé. Si je suis pendu, ce sera mal fait: ce serait une bien mesquine vengeance. Je veux maintenant me repentir.» Alors, il se laisse tomber aux pieds du roi. Le roi est pris d'une grande pitié. Grimbert[50] revient de son côté, et crie miséricorde pour Renart: «Sire, pour Dieu, écoutez-moi! Agissez sagement: songez combien Renart est pieux et courtois. Si Renart revient d'ici cinq mois, nous aurons encore grand besoin de lui, car vous n'avez plus hardi serviteur. - Cela, dit le roi, ne saurait être dit. Quand il reviendrait, il serait pire; car tous observent cette coutume: qui bon y va, mauvais en revient. Il fera tout comme les autres s'il échappe à ce péril [...]. Qu'il prenne la croix, à la condition qu'il reste là-bas.»
            Quand Renart l'entend, il est rempli de joie. Il ne sait s'il fera le voyage, mais, quoi qu'il advienne, il met la croix sur son épaule droite. On lui apporte l'écharpe et le bourdon[51]. [...] Il s'éloigne de la cour, un peu avant la neuvième heure[52], sans saluer personne; au contraire, en son coeur il les défia, sauf le roi et son épouse, madame Fière, l'orgueilleue, qui était très courtoise et belle. Elle s'adresse noblement à Renart: «Sire Renart, priez pour nous, et de notre côté nous prierons pour vous. - Dame, fait-il, votre prière me sera infiniment chère; heureux celui pour qui vous daigneriez prier! Mais si j'avais cet anneau que vous portez, mon voyage en serait meilleur. Sachez, si vous me le donnez, que vous en serez bien récompensée: je vous donnerai, en retour, de mes joyaux pour la valeur de cent anneaux.» Le reine lui tend l'anneau et Renart s'empresse de le prendre. Entre ses dents il dit à voix basse: «Certes, qui jamais ne le vit, cet anneau, paiera cher s'il veut le voir! Jamais nul ne le retrouvera.» Renart a mis l'anneau à son doigt; puis il a pris congé du roi. Il pique son cheval et s'enfuit au grand trot.

            Pour préparer l'étude du texte:
            - Quelle est la tactique employée par Renart pour se tirer d'affaire? Qu'est-ce que l'épisode révèle de son caractère?
            - Ce texte, comme le précédent, représente une «réécriture» de plusieurs genres de la littérature médiévale. Lesquels?             Quels sont les effets de cette réécriture?

            Renart jongleur
            Renart se retrouve encore une fois face à Ysengrin. Après son jugement et sa condamnation, n'ayant aucune intention d'accomplir son pèlerinage, il saute dans une cuve de teinture pour échapper à ses poursuivants. Toute de jaune «vêtu» et méconnaissable, Renart se fait passer pour un jongleur étranger et convainc Ysengrin de l'emmener à la cour.

Ez vos Renart qui le salue:
«Godehelpe, fait il, bel sire!
Non saver point ton reson dire.
- Et Dex saut vos, bau dous amis!
Dont estes vos? de quel païs?
Vos n'estes mie nés de France
Ne de la nostre connoissance.
- Nai, mi seignor, mais de Bretaing.
Moi fot[53] perdez tot mon gaaing
Et fot cerchier por ma conpaing.
Non fot mes trover qui m'enseing.
Trestot France et tot Engleter
L'ai cerchiez por mon compaing qer.
Demorez moi tant cest païs
Que j'avoir trestot France pris.
Or moi volez torner arier,
Non saver mes ou moi le quier,
Mes torner moi Paris ançois
Que j'aver tot apris françois.
- Et savez vos neisun mestier?
- Ya, ge fot molt bon jogler.
Mes je fot ier rober, batuz
Et mon vïel fot moi toluz.
Se moi fot aver un vïel,
Fot moi diser bon rotruel,
Et un bel lai et un bel son
Por toi qui fu semblés prodom.
Ne fot mangié deus jors enters,
Or si mangera volenters.
- Comment as non? dist Ysengrin.
- Moi fot aver non Galopin.
Et vos conment, sir bel prodom?
- Frere, Ysengrin m'apele l'on.
Voici Renart qui le salue:
«Goodbye, dit-il, cher seigneur.
Moi pas savoir parler ton langue.
Que Dieu te garde, très cher ami!
D'où êtes-vous? de quel pays?
Vous n'êtes pas originaire de France
ni d'aucun pays que nous connaissons.
- Niet, mon seigneur, mais de Bretagne.
Moi foutre avoir perdu tout ce que avoir gagné
et moi foutre chercher ma compagnon,
Moi foutre pas avoir trouvé quelqu'un pour moi renseigner.
Tout le France et tout le Angleterre
j'avoir parcouru pour ma compagnon trouver.
Moi avoir demeuré tant dans ce pays
que moi connaître tout le France.
Maintenant moi vouloir retourner,
moi plus savoir où le chercher,
mais moi avant tourner Paris
pour moi finir apprendre français.
- Est-ce que vous avez un métier?
- Ya, ya, moi être foutre très bon jongleur.
Mais moi hier foutre avoir été volé, battu
et mon vielle foutre avoir été pris à moi.
Si moi foutre avoir un vielle,
moi foutre dire bon rotruenge[54]
et un beau lai et un beau chant
pour toi qui sembler une homme de bien.
Foutre moi pas avoir mangé pendant deux jours entiers
et maintenant je mangera volontiers.
- Comment t'appelles-tu? dit Ysengrin.
- Ma nom foutre être Galopin.
Et vous comment, seigneur, homme de bien?
- Frère, on m'appelle Ysengrin.

- Et fot vos nez en cest contré?
- Oïl, g'i ai meint jor esté.
- Et saver tu del roi novel?
- Por qoi? Tu n'as point de vïel.
- Je fot servir molt volenter
Tote la gent de ma mester.
Ge fot savoir bon lai breton
Et de Merlin et de Noton[55],
Del roi Artu et de Tristran,
Del chevrefoil, de saint Brandan[56].
- Et ses tu le lai dam Iset?
Ya, ya: goditoët,
Ge fot saver, fet il, trestoz.»
Dist Ysengrin: «Tu es molt prous
Et si ses molt, si con je crois.
Mes, foi que doiz Artu lo roi,
Se tu veïs, se Dex te gart,
Un ros garçon de pute part,
Un losenger, un traïtor
Qui envers nullui n'ot amor,
Qui tot deçoit et tot engigne?
Damledex doinst q'as poinz le tiegne!
Avanter escapa lo roi
Par son engin, par son bofoi,
Qui pris l'avoit por la roïne
Que devant lui tenoit sovine,
Et por autres forfez asez.
Tant m'a forfet que je voldroie
Que il tornast a male voie.
Se gel pooie as ponz tenir,
Molt tost le convendroit morir:
Li rois m'en a doné congié,
Bien conmandé et otroié.»
- Et foutre être né dans cette pays?
- Oui, j'y ai vécu longtemps.
- Et avoir toi nouvelles du roi?
- Pourquoi? tu n'as point de vielle.
- Moi foutre servir très volontiers
ma répertoire à tout le monde.
Moi foutre savoir bon lai breton
de Merlin et de Noton,
du roi Arthur et de Tristan,
du chèvrefeuille, de saint Brandan.
- Et tu connais le lai de dame Iseut?
- Ya, ya, by god,
moi les savoir absolument tous.»
Ysengrin dit: «Tu me sembles très doué
et très savant, ce m'est avis.
Mais par la foi que tu dois au roi Arthur,
n'aurais-tu pas vu, Dieu te garde!
un sale rouquin, sacrée engeance,
un espion, un traître au coeur de pierre,
un trompeur et un roublard de
première?
Ah! Dieu, si le tenais entre mes mains!
Avant-hier il échappa au roi
jouant d'astuce et de boniments,
alors qu'il avait été pris
pour avoir mis la reine sur le dos[57]
et pour mille autres méfaits.
Il m'a fait tant de mal que je voudrais
qu'il lui arrive malheur.
Si je pouvais le tenir entre mes mains,
il lui faudrait bientôt mourir:
le roi m'a autorisé à le tuer,
il me l'a même commandé.»

            Pour préparer l'étude du texte:
           - Analysez les ressorts du comique utilisés dans ce fragment.
          - Y voyez-vous des accents de parodie littéraire? Lesquels? En quoi le langage fautif de Renart contribue-t-il à l'élaboration de cette parodie?

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© Universitatea din Bucuresti 2002.
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Comments to: Mihaela VOICU; Text editor: Laura POPESCU; Last update: July, 2002