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XII. LA POÉSIE
AU XIVe ET AU XVe SIÈCLES
1. Les nouvelles règles du jeu lyrique |
À
la fin du Moyen Âge, la poésie, recouvrant tout ce qui s'écrit
en vers, semble tenir une position inconfortable face à la prose, de
plus en plus omniprésente. Ce recul du vers est compensé toutefois
par le prestige dont jouit cette forme d'expression, considérée
comme plus ornée, plus «difficile», chargée d'un plus
fort coefficient de littérarité. C'est pourquoi le poète
devient, d'une part, le véritable homme de lettres et, d'autre part,
ce titre, attribué pour la première fois à Guillaume de
Machaut, traduit un changement de statut important qui affecte le créateur
de poésie. Car, à partir du XIVe siècle, avec la généralisation
du mécénat, les poètes attachés à la cour
de tel ou tel grand seigneur deviennent des hommes de métier, des «professionnels».
Ils vivent de leur plume, c'est-à-dire grâce aux bénéfices
accordés par leurs protecteurs. Ce statut de semi-professionnels qu'acquièrent
les écrivains rend compte aussi de la diversification de leur création.
Guillaume de Machaut est à la fois poète et musicien, son oeuvre
littéraire comportant, en plus des pièces lyriques, un texte épique
(La Prise d'Alexandrie) et une oeuvre qui unit vers et prose, convention
rhétorique et inspiration sincère (Le Voir Dit). Célèbre
pour ses Chroniques, Froissart compose également le roman arthurien Meliador
et de nombreuses pièces lyriques. Eustache Deschamps, à son tour,
nous laisse une production lyrique abondante et variée, fait oeuvre de
moraliste (Dit des Quatre Offices de l'Hôtel du Roi) et de traducteur
et compose l'Art de dictier et de faire chansons (1392), premier traité
de versification française, qui sépare explicitement la musique
et le vers. L'oeuvre de Christine de Pizan, réunissant recueils de pièces
lyriques, dits, traités historiques, moraux, politiques et même
un ouvrage partiellement autobiographique (L'Avision Christine) est
peut-être la plus représentative de ce nouveau statut du poète
et de sa tendance à s'approprier tous les domaines de la production littéraire.
L'abandon
de la musique artificielle, produite par les instruments, au profit de la «musique
naturelle» du vers, selon le mot d'Eustache Deschamps, s'accompagne en
même temps du rôle grandissant des techniques d'écriture
et de la faveur dont jouissent les formes fixes, rondeaux, ballades, chants
royaux, virelais, supposant la virtuosité rhétorique propre au
poète de métier et préparant la voie aux grands rhétoriqueurs.
Cette «beauté de la forme» touche aussi à la matérialité
du livre, devenu de plus en plus un «beau livre», objet de luxe,
où l'image complète la parole, désormais séparée
de la musique.
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© Universitatea
din Bucuresti 2002.
No part of this text may be reproduced in any form without written permission of the University of Bucharest, except for short quotations with the indication of the website address and the web page. Comments to: Mihaela VOICU; Text editor: Laura POPESCU; Last update: July, 2002 |