1. LA FIN DU MONDE ANTIQUE ET LE HAUT MOYEN AGE

Qu’entendons-nous par Moyen Age?

On appelle Moyen Age une période intermédiaire entre l'Antiquité et la Renaissance. C'est à cela que renvoie la signification de l'adjectif "moyen". Quant au terme "âge", il implique une certaine unité de culture, par exemple pour ce qui est de l'outillage technique, comme lorsqu'on dit "âge du bronze" ou “âge de la pierre”. Mais la période que nous allons étudier ne se caractérise pas par l'emploi d'un matériel ou d'une certaine technologie. L'unité du Moyen Age n'est pas facile à trouver, car chaque fois que nous établissons un critère, les limites temporelles vers lesquelles nous entraîne l’emploi de ce critère soit vont au-delà, soit restent en-deçà de ce qu'on entend couramment par période médiévale.

On veut souvent, dans la tradition marxiste, identifier le Moyen Age avec un type de relations sociales, qui serait le féodalisme. Cependant le féodalisme ne se met progressivement en place qu'au cours des Xe, XIe et XIIe siècles, et certaines relations de droit féodal continuent jusqu'en 1790. Les théoriciens de la Révolution en sont pleinement conscients, et dénoncent le scandale des institutions "gothiques" au siècle des Lumières. Par conséquent le droit féodal, caractérisé par les relations d'homme à homme et par le régime de possession des terres, commence en Europe tard après la fin de l'Antiquité et dure longtemps après le début de l'époque moderne. D'autre part, des relations qui formellement peuvent être caractérisées comme féodales ont existé aussi en Chine et au Japon. Si pourtant nous essayons d'extrapoler l'idée d'une unité du Moyen Age à l'échelle du globe, nous nous heurterons à de graves difficultés de logique.

Le Moyen Age est une époque pendant laquelle toutes les économies européennes sont dépendantes de la production agricole, qui constitue l'essentiel du produit national. Mais cela est vrai de l'Antiquité aussi. Sans parler du fait que, encore à la fin de la première Guerre mondiale, la majorité de la population, dans tous les pays occidentaux, était formée de paysans. A noter aussi que l'industrie, l'emploi des machines dans la production et même une certaine automatisation, ne sont pas étrangers à la période médiévale. Sans connaître la théorie de la résistance des matériaux, les maîtres maçons savent soulever d'immenses poids et la construction des cathédrales, ainsi que l'architecture militaire (en particulier celle des Croisés en Terre Sainte) donnent une haute idée de leur ingéniosité.

La manière de se nourrir est au Moyen Age assez fruste dans l'ensemble, axée sur les viandes, le gibier et le poisson chez les riches, fondée sur le pain et les légumes chez les pauvres, mais on connaît déjà vers le XVe siècle de grands raffinements, qui nous sont conservés par exemple dans le recueil de recettes de Salins. Le mobilier a peu de grâce plastique, cherchant la robustesse et la durabilité. Les quelques meubles qui nous restent d’une époque suffisamment ancienne sont nettement incommodes. Même à l’époque de la Renaissance, et dans le cas des écritoires sur lesquels on travaillait une bonne partie de la journée, nous pouvons constater que le confort ergonomique est totalement ignoré. Nous pouvons également dire que l’époque se caractérise par une forte polarisation entre la vie quotidienne des riches et celle des pauvres, sans oublier que ce contraste était encore plus marqué dans l’Antiquité. Ce qui donne au Moyen Age occidental une physionomie spécifique de ce point de vue est la naissance, avec le XIIe siècle, d’une forte classe bourgeoise, et également les progrès rapides qui ont lieu dans tous les domaines, à un rythme que l’humanité n’avait pas encore connu jusqu’alors.

L'argent manque typiquement et il y a de grands désordres dans la levée des impôts. Cela veut dire qu’on paie souvent en nature. Le travail est rude, mais en France on connaît la bonne chère dans presque toutes les couches de la population, et aussi la disette au temps des mauvaises récoltes. La main d’oeuvre est bon marché et les gens de service s’abandonnent entièrement aux mains de leurs maîtres: la notion d’un salaire régulier n’est pas prise très sérieusement et l’employé se nourrit de ce que son maître lui donne, il s’habille de ce que son maître lui achète. On juge les seigneurs d’après l’habillement et l’embonpoint de leurs serviteurs. L'espérance de vie est en moyenne assez courte, cependant on connaît des gens de la classe aisée qui ont vécu plus de 80 ans. La morbidité (l'incidence des maladies), est élevée, avec une haute fréquence des maladies de la peau, dues probablement aux textiles grossiers que portait la classe laborieuse, et à l'hygiène insatisfaisante. La lèpre et la peste sont les fléaux de cette période. Mais les épidémies ne sont pas un mal spécifiquement médiéval. La Renaissance a enregistré l'impact du syphilis, qui a régné jusqu'au XXe siècle, tandis que les deux derniers siècles ont connu la terrible tuberculose qui ravageait les agglomérations ouvrières et qui revient aujourd’hui en Europe de l’Est. Ceci pour dire que le plan de la vie quotidienne de la majeure partie de la population n'a pas enregistré de très grands changements entre le XIIe et le XVIIIe siècles.

Ce qui change peut-être le plus, c’est le paysage urbain. Les villes médiévales sont des agglomérations nouvelles, sans rapport avec la ville antique, et même là où la nouvelle ville se construit près de l’emplacement d’une ancienne (Paris, Lyon), les vieux édifices ne sont jamais restaurés et la trame urbaine est réinventée. Parfois la ville passe d’une rive à l’autre du cours d’eau sur lequel elle est située. Les villes en bois, entourées de palissades, de l’époque mérovingienne et carolingienne ont pour principales fonctions la collecte des impôts, l’administration de la justice, le commerce et les métiers, la résidence de l’autorité civile et épiscopale. Le paysan vient à la ville pour vendre ses poulets, pour acheter du drap et du sel, pour demander justice contre un voisin trop envahissant et, pourquoi pas, afin de voir des choses nouvelles, participer à des fêtes et processions, assister à l’entrée du comte ou du roi. Tandis que la ville élargit sa circonférence en se dotant chaque fois de murailles plus longues, les édifices importants sont renouvelés sur le même terrain; une nouvelle cathédrale se bâtit autour de l’ancienne, plus petite, qui demeure enclose à l’intérieur, et qui sera démolie une fois le nouvel édifice achevé. Au mur de la cathédrale s’agglutine une foule de constructions parasites, logis des ecclésiastiques, bâtiments administratifs, boutiques et autres bicoques. Le tracé des rues principales, malgré leur étroitesse, demeure le même pendant de longs siècles; ainsi à Toulouse l’actuelle rue du Taur, très ancienne, est censée relier la place du Taur où saint Sernin (Saturninus), le premier évêque de la ville, a subi le martyre en 252, à la basilique Saint-Sernin élevée sur son tombeau.

Le Moyen Age n'est pas une époque de monarchie absolue. Dire qu'il se caractérise par le système monarchique serait méconnaître le spécifique des monarchies antiques et modernes. Tandis que les mérovingiens pratiquent le partage du royaume entre leurs fils, chez les carolingiens l’idée d’un territoire unique est beaucoup plus forte, à l’exemple de l’empire romain. Le déclin de la dynastie carolingienne est marqué par un siècle de morcellement de l’autorité, où il y aura parfois deux rois en même temps. Les rois capétiens de France, comme tous ceux de l'Occident, s'efforceront de centraliser l'État, s'éloignant le plus possible du souvenir de l'anarchie qui régnait au Xe siècle. Pourtant une véritable centralisation ne sera pas possible avant le XVIIe siècle. Le pouvoir des rois repose sur l’importance symbolique de leur descendance royale, sur leur onction au cadre d'une cérémonie religieuse, sur le consensus des féodaux et dans une certaine mesure sur les qualités personnelles des détenteurs du titre, qui demeurent toujours des guerriers et des administrateurs. Ils ne peuvent pas déchoir de leur qualité, même si d'autres personnes parviennent à gouverner effectivement à leur place. Charles VI (1380-1422) était atteint de crises périodiques de folie furieuse, mais il a continué pendant toute sa vie d'être le chef de l'État.

Un autre critère assez spécifique de périodisation de l’histoire européenne est le développement de la religion. Le Moyen Age est une époque d'adhésion souvent très enthousiaste au christianisme en Europe, et en même temps une époque de domination autoritaire de l'Eglise de Rome dans les différents États occidentaux. Examinons la puissance de discrimination de ce critère.

Le christianisme se distingue en tant que religion, en se différenciant du judaïsme, dans les diasporas juives, dans les villes grecques d'Asie Mineure, en Grèce et en Egypte, et aussi en Italie, à partir de la seconde moitié du Ier siècle de notre ère. Les Évangiles sont écrits vers les années 70-90. Mais cette nouvelle religion sera persécutée par les empereurs romains, car elle refusait de respecter la pluralité des cultes, qui caractérisait l'État romain, et notamment rejetait le culte de l'empereur, seule obligation religieuse officielle. La persécution cesse en 313, lorsque l'empereur Constantin, suivant le conseil de sa mère Hélène, reconnaît la liberté des Églises chrétiennes. Ce ne sera que vers la fin du siècle, sous Théodose, que le christianisme deviendra religion unique dans l'Empire et que les adeptes attardés du polythéisme feront l'objet de poursuites. Mais déjà l'Empire est sur son déclin et Théodose le partage entre ses deux fils: désormais on aura en Europe un Orient et un Occident.

Au siècle suivant l'Empire d'Occident s'effondre sous les poussées barbares et le dernier empereur (qui est le fils d'un ancien secrétaire du roi hun Attila) abdique en 476. L'Empire Romain d'Orient (dit byzantin) demeure puissant et le restera, contre vents et marées, jusqu'au XIIIe siècle, après quoi s’ensuivra une longue et douloureuse agonie. L'Église catholique parvient à sortir indemne de ces épreuves, car les rois barbares d'Occident sont chrétiens. Certes, ils adoptent d'abord l'hérésie arienne, mais ils finissent par accepter la foi apostolique et romaine. Celle-ci n'est bientôt plus la même que la foi de Byzance: au VIe siècle, en Espagne, on élabore une adjonction au Crédo, le fameux Filioque[1], qui sera adopté par toutes les communautés occidentales: désormais le schisme des deux Églises est devenu possible; il éclatera dans un épisode transitoire au IXe siècle avec le patriarche Photius, mais l’état de rupture ne s’installera officiellement qu’en 1054. L’Eglise orthodoxe, mise sous l’autorité du pape dans les Etats latins d’Orient, sera paradoxalement sauvée par les Turcs, qui vont subordonner après 1453 tous les chrétiens de leurs sandjaks au pouvoir du patriarche de Constantinople, afin de simplifier le gouvernement de l’Empire.

Par conséquent, en parlant de Moyen Age, nous devrions nous limiter aux repères chronologiques de l'Occident. C'est là un sacrifice théorique important et tous les spécialistes ne sont pas d'accord à le faire. Cependant poursuivons l’évaluation du critère religieux quand il s’agit de décrire ce que nous entendons par Moyen Age. La religion chrétienne passe par différentes crises d'identité et finit par se cristalliser sous une forme extrêmement élaborée dans les universités médiévales, à Paris surtout, dans le cadre du mouvement de pensée que l'on appelle la scolastique.

La scolastique est l’application de l’héritage philosophique de l’Antiquité à la théologie chrétienne. Cette application, dans son principe, date en fait de l’Antiquité, avec trois moments forts, saint Paul, l’auteur des Epîtres, au Ier siècle, les saints théologiens dits “Cappadociens” (Grégoire de Nysse, Grégoire de Nazianze et Basile le Grand), au IVe siècle, et saint Augustin, auteur des Confessions et de La Cité de Dieu. Mais la scolastique au sens propre s’impose au début du XIIe siècle, avec Abélard. Le christianisme n’est pas une religion qui consiste seulement en une liturgie (cérémonie du sacrifice) et en un ensemble d’expériences intérieures, mais il comporte aussi une explication systématique du monde et de la pensée, qui au Moyen Age doit encore être considérée comme philosophique, voire scientifique. Ce caractère théorique atteint à son apogée dans la scolastique, mouvement qui a lieu dans les universités et qui fonde la pensée moderne, quitte à se faire rejeter plus tard par celle-ci. Il faut dire que le christianisme, du point de vue philosophique, est redevable à Platon et à Aristote. C'est l'héritage de Platon, par l'intermédiaire du néoplatonisant anonyme connu sous l’appellatif de Pseudo-Denys l'Aréopagite (début du VIe siècle), qui s'impose d'abord, en prêtant son lexique à la solution de certains problèmes de théologie. Mais dès la fin du XIIe siècle, et en grande mesure grâce aux acquis de la falsafa[2] arabe, Aristote devient un personnage de premier plan dans la pensée des théologiens occidentaux. L'histoire de la scolastique commence par la simple redécouverte, avec Anselme de Cantorbéry, de la logique, de la dialectique et de la pensée réflexive. Elle s'épanouit dans l'aristotélisme médiéval. Lorsque le pape Léon XIII a voulu définir l’identité de la pensée chrétienne, dans l’encyclique Æterni Patris de 1879, il a choisi saint    Thomas d'Aquin, un grand aristotélisant du XIIIe siècle, comme exposant de la plus pure religion catholique. Quoique Thomas d’Aquin ait été traduit en grec au XIVe siècle, l’ensemble de la scolastique a toujours été perçu avec méfiance par l’Eglise de Byzance.

Le pouvoir temporel de l’Église a souvent été ressenti comme une incongruité par rapport aux enseignements de Jésus. Pendant tout le Moyen Age, l'Église est contestée, surtout dans ses prétentions de souveraineté mondaine. Le temps vient où sa théologie même est mise en question. La contestation radicale des formes extérieures du christianisme telles qu'on les pratiquait jusqu'alors donne naissance à la Réforme, qui n'est pas une forme d'athéisme ou d'incroyance, mais une nouvelle manière de lire les Évangiles, se prétendant plus proche de la foi antique. Le signal international de ce mouvement est la publication, en 1517, des 95 thèses de Luther, clouées sur la porte de la chapelle de Wittenberg, en Allemagne. Martin Luther est un moine allemand, brillant docteur en théologie. Il ressent le besoin de dénoncer ouvertement l’immoralité qu’il y avait à vendre des indulgences pour les péchés; en effet, pressé par des besoins financiers, le pape Léon X cherchait dans cette pratique l’argent nécessaire pour financer ses immenses dépenses, ainsi que les grands ouvrages d’art commandés à Michel-Ange, à Raphaël et à Léonard de Vinci. Les thèses de Luther furent connues dans toute la chrétienté en l’espace d’un mois, et de nombreux intellectuels réagirent avec enthousiasme à ces idées qui mettaient un terme à la domination absolue de l’Église de Rome.

Mais 1517, c'est déjà la Renaissance. Aurions-nous atteint notre objectif, et les limites chronologiques du Moyen Age se laisseraient-elles fixer entre 313, date de l'édit de Milan par lequel Constantin donne la liberté au christianisme, et 1517, date des thèses de Wittenberg?

Non, car la Renaissance commence en Italie au XVe siècle, et même à la fin du siècle précédent, selon certains auteurs. La Renaissance est elle aussi une époque qui a une certaine unité, et il est sûr qu'elle est terminée au moment ou s'ouvre un grand et long concile, en 1545, dont l'objectif est de réagir devant la Réforme et de discipliner certains abus au sein du catholicisme (le Concile de Trente, 1545-1563). Léonard meurt en 1519, Raphaël en 1520, Michel-Ange mourra en 1564. En fait, la Renaissance est pour l’essentiel une époque catholique, au cours de laquelle le besoin de renouvellement de la pensée emprunte des manifestations qui mèneront à la Réforme. Ce n’est pas sans raison qu’un historien comme Robert Muchembled voit dans le Moyen Age une époque unitaire qui atteint à sa fin en 1564, incorporant ainsi la Renaissance entre ses limites. Mais cette façon de voir laisse sans raison d’être l’emploi du terme même de Moyen Age: cet âge n’est moyen que si l’on pense qu’il s’intercale entre l’Antiquité et la Renaissance. Ce sont d’ailleurs les humanistes italiens qui ont dénoncé la “barbarie gothique” du Moyen Age et l’ont ainsi identifié comme une période distincte.

L’autorité incontestée de l'Eglise catholique, qui en Occident dure de 396 à 1517, n'est pas un critère qui nous permette de circonscrire le Moyen Âge, tant que nous le concevons comme “moyen”. Certes, quand on parle d’autorité “incontestée”, on risque d’oublier les nombreuses hérésies qui secouent sans interruption le grand organisme chrétien; il y a aussi les schismes, les doubles élections des papes, la période où il y a un pape à Rome et un autre en Avignon (terre papale, mais soumise à l’influence du roi de France). L’histoire de l’Eglise au Moyen Age est celle d’un combat perpétuel. Ce combat vise d’abord à civiliser une société barbare et cruelle; ensuite à maintenir son pouvoir sur des Etats nationaux ambitieux; enfin, à garder l’emprise sur les consciences individuelles désireuses d’expériences religieuses plus authentiques.

Mais s’il s’agit de se former une idée générale du Moyen Age, nous sommes maintenant beaucoup plus près du but, car nous disposons de repères supplémentaires.

Pourquoi ne pas interroger à présent les représentations communes?

L'image que l'on a ordinairement du Moyen Age figure des chevaliers armés de fer de pied en cap, qui combattent dans les tournois pour l'amour de leur belle, à laquelle ils font des sérénades après le coucher du soleil. Cette conception est faite de toutes pièces. La chevalerie est une institution qui apparaît après le IXe siècle et qui sous certaines formes existe encore aujourd'hui. L'armure de fer complète est plutôt un élément de parade (il n'y a pas d'uniforme) et on l'emploie surtout au XIVe siècle dans la masse des chevaliers. On porte beaucoup le casque et la cuirasse (qui est souvent en cuir comme son nom l’indique); ce sont là les pièces les plus indispensables, et ceci depuis Charlemagne et jusqu’à Louis XIV; mais tous les nobles n'ont pas les moyens de s’offrir une armure complète; quant aux gens de pied, ils s'arment de ce qu'ils peuvent. Aux XIe-XIIe siècles, une pièce essentielle de l’équipement de guerre est le haubert, une sorte de anorak en mailles d’acier avec capuchon et chaussettes, qui couvre la tête et le corps jusqu’aux pieds.

Les tournois sont officiellement interdits depuis le XIIIe siècle et l'Église a toujours récriminé contre cette coutume barbare. Celle-ci n'en persiste pas moins à l’époque médiévale, le plus souvent pour des raisons bassement matérialistes, car le vainqueur a le droit de prendre l'armure et le cheval du vaincu (on joute à cheval perdre et cheval gaaigner), mais aussi parce que c’est un divertissement considéré comme très honorable dans les cours féodales jusqu’au XVIe siècle.

La poésie des troubadours apparaît à la fin du XIe et disparaît au XIVe siècle, tandis que celle des trouvères (qui est beaucoup moins romantique) s'éteint pour l'essentiel au XIVe. L'image standard du Moyen Age que nous trouvons dans le savoir diffusé par les médias puise dans la littérature de fiction du XIIe siècle, à l'époque la plus romanesque des Croisades et des poètes-chevaliers. Cependant un siècle ne suffit pas à faire un âge, et les aventures racontées dans les romans ne sont pas des réalités historiques.

On voit que l'emploi des critères est mieux approprié à la définition des concepts philosophiques qu’à la description des périodes historiques. Celles-ci représentent des “morceaux” de réalité qui sont essentiellement presque aussi complexes que notre réalité actuelle; la population de l’Europe était moins nombreuse, certes, mais de grands contrastes subsistaient entre les façons de vivre et de penser des hommes appartenant à différents groupes sociaux, à différentes régions ou pays. Contentons-nous des idées générales que nous venons d’acquérir et passons à une démarche plus adéquate; à savoir une brève esquisse de ce qui s’est passé au cours du Moyen Age, afin de reconnaître les événements décisifs de cette période.


[1] Selon les orthodoxes, l'Esprit-Saint procéde seulement du Pére. Le Pére est en relation d'origine et avec son Fils, et avec le Saint Esprit. C'est come si le souffle de Dieu le Pére prenait deux formes, le Fils et l'Esprit. Selon les catholiques, l'Esprit-Saint procéde du Pére et du Fils (en latin Filioque), ce qui veut dire que le Pére et le Fils respirent en une unité et leur souffle commun est l'Esprit. Dans les deux théories de la Trinité, la relation entre les trois hypostases (Grecs) ou personnes (Latins) de Dieu est une relation d'amour; mais ce consensus n'a pas beaucoup aidé à la réunification doctrinaire du christianisme.

[2]  Falsafa est un mot arabe qui vient du grec philosophia. Un faylasuf (philosophe) est une théologien musulman qui s'efforce de penser sa religion à l'aide des concepts de la philosophie grecque, qui était à l'époque l'instrument de pensée le plus puissant. Ce courant "moderniste" a été condamné par la plupart des théologiens de l'Islam et a dû être abandonné dès le Moyen Age, non sans avoir profité des contributions capitales d'Avicenne (Ibn Sinna) et d’Averroës (Ibn Roshd).

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